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Analyse · 4 affiches · formule n° 5

La formule d’Euler

La formule d’Euler relie l’exponentielle aux fonctions cosinus et sinus : pour tout réel θ, le nombre complexe e^iθ est le point du cercle de rayon 1 situé à l’angle θ. Elle transforme la trigonométrie en calcul sur des puissances.

Voir les 4 affiches 1 contrôles par le calcul

Pour tout réel θ\theta. Dessin : l’hélice t↦(t,cos⁡t,sin⁡t)t \mapsto (t, \cos t, \sin t), avec son ombre en cosinus (au milieu) et en sinus (en bas).

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

Pour tout nombre réel θ\theta :

eiθ=cos⁡θ+isin⁡θe^{i\theta} = \cos\theta + i\,\sin\theta
  • θ\theta (thêta) est un nombre réel, qu’on interprète comme un angle mesuré en radians : un tour complet vaut 2π2\pi radians, soit 360°. La formule est fausse si l’on remplace θ\theta par sa mesure en degrés.
  • ii est l’unité imaginaire, un nombre tel que i2=−1i^2 = -1. Les nombres complexes s’écrivent x+iyx + iy, avec xx et yy réels.
  • cos⁡θ\cos\theta et sin⁡θ\sin\theta sont le cosinus et le sinus de l’angle θ\theta : ils forment la partie réelle et la partie imaginaire du nombre eiθe^{i\theta}.
  • eiθe^{i\theta} est l’exponentielle du nombre complexe iθi\theta. Elle est définie, comme pour tout nombre complexe zz, par la somme infinie ez=1+z+z22!+z33!+⋯e^z = 1 + z + \frac{z^2}{2!} + \frac{z^3}{3!} + \cdots, qui converge toujours.

Le sens géométrique : dans le plan où le nombre x+iyx + iy est représenté par le point de coordonnées (x,y)(x, y), le nombre eiθe^{i\theta} est le point du cercle de centre 00 et de rayon 1 qui fait l’angle θ\theta avec l’axe horizontal. Sa distance à l’origine vaut 1, car cos2⁡θ+sin2⁡θ=1\cos^2\theta + \sin^2\theta = 1. Quelques valeurs se lisent directement sur ce cercle : un quart de tour donne eiπ/2=ie^{i\pi/2} = i, un demi-tour donne eiπ=−1e^{i\pi} = -1, trois quarts de tour donnent e3iπ/2=−ie^{3i\pi/2} = -i, et un tour complet ramène au point de départ, e2iπ=1e^{2i\pi} = 1. Plus généralement, eiθe^{i\theta} ne change pas quand on ajoute 2π2\pi à θ\theta : l’exponentielle complexe est périodique.

Trois conséquences font tout l’intérêt de la formule :

  • La forme exponentielle : tout nombre complexe non nul s’écrit z=reiθz = r\,e^{i\theta}, où r>0r > 0 est sa distance à l’origine et θ\theta son angle. Multiplier deux nombres complexes revient alors à multiplier les distances et à additionner les angles.
  • Le cosinus et le sinus en exponentielles : en écrivant la formule pour θ\theta et pour −θ-\theta, on obtient cos⁡θ=eiθ+e−iθ2\cos\theta = \frac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2} et sin⁡θ=eiθ−e−iθ2i\sin\theta = \frac{e^{i\theta} - e^{-i\theta}}{2i}.
  • La formule de Moivre : pour tout entier nn, (cos⁡θ+isin⁡θ)n=cos⁡nθ+isin⁡nθ(\cos\theta + i\,\sin\theta)^n = \cos n\theta + i\,\sin n\theta, puisque (eiθ)n=einθ\left(e^{i\theta}\right)^n = e^{in\theta}.

La formule reste vraie pour un nombre complexe θ\theta quelconque, à condition de définir cos\cos et sin\sin par leurs séries ; mais c’est le cas réel qui donne l’image du cercle.

Un exemple

Prenons θ=π3\theta = \frac{\pi}{3}, c’est-à-dire 60°. On sait que cos⁡π3=12\cos\frac{\pi}{3} = \frac{1}{2} et sin⁡π3=32\sin\frac{\pi}{3} = \frac{\sqrt{3}}{2}, environ 0,866 025. Donc

eiπ/3=12+i32e^{i\pi/3} = \frac{1}{2} + i\,\frac{\sqrt{3}}{2}

Vérifions une conséquence. Les exposants s’ajoutent quand on multiplie, donc trois fois π3\frac{\pi}{3} doit donner eiπ=cos⁡π+isin⁡π=−1e^{i\pi} = \cos\pi + i\,\sin\pi = -1. Calculons à la main, en utilisant i2=−1i^2 = -1 :

  1. (12+i32)2=14−34+2×12×i32=−12+i32\left(\frac{1}{2} + i\,\frac{\sqrt{3}}{2}\right)^2 = \frac{1}{4} - \frac{3}{4} + 2 \times \frac{1}{2} \times i\,\frac{\sqrt{3}}{2} = -\frac{1}{2} + i\,\frac{\sqrt{3}}{2} ;
  2. (−12+i32)(12+i32)=−14−34+i(−34+34)=−1\left(-\frac{1}{2} + i\,\frac{\sqrt{3}}{2}\right)\left(\frac{1}{2} + i\,\frac{\sqrt{3}}{2}\right) = -\frac{1}{4} - \frac{3}{4} + i\left(-\frac{\sqrt{3}}{4} + \frac{\sqrt{3}}{4}\right) = -1.

On retrouve bien −1-1 : trois rotations de 60° font un demi-tour.

La même idée redonne les formules de trigonométrie sans les apprendre par cœur. Comme e2iθ=(eiθ)2e^{2i\theta} = \left(e^{i\theta}\right)^2, on a cos⁡2θ+isin⁡2θ=(cos⁡θ+isin⁡θ)2\cos 2\theta + i\,\sin 2\theta = (\cos\theta + i\,\sin\theta)^2. En développant et en séparant partie réelle et partie imaginaire : cos⁡2θ=cos2⁡θ−sin2⁡θ\cos 2\theta = \cos^2\theta - \sin^2\theta et sin⁡2θ=2sin⁡θcos⁡θ\sin 2\theta = 2\sin\theta\cos\theta.

Les formules d’addition se retrouvent de la même façon. Pour deux réels aa et bb, on écrit ei(a+b)=eiaeibe^{i(a+b)} = e^{ia}\,e^{ib}, c’est-à-dire cos⁡(a+b)+isin⁡(a+b)=(cos⁡a+isin⁡a)(cos⁡b+isin⁡b)\cos(a+b) + i\,\sin(a+b) = (\cos a + i\,\sin a)(\cos b + i\,\sin b). En développant le produit et en identifiant les parties réelles puis les parties imaginaires, on obtient cos⁡(a+b)=cos⁡acos⁡b−sin⁡asin⁡b\cos(a+b) = \cos a\cos b - \sin a\sin b et sin⁡(a+b)=sin⁡acos⁡b+cos⁡asin⁡b\sin(a+b) = \sin a\cos b + \cos a\sin b. Une seule formule, facile à retenir, en contient ainsi plusieurs.

Pourquoi c’est vrai

On part de la somme qui définit l’exponentielle et l’on y remplace zz par iθi\theta. Les puissances de ii suivent un cycle de quatre : i0=1i^0 = 1, i1=ii^1 = i, i2=−1i^2 = -1, i3=−ii^3 = -i, puis i4=1i^4 = 1 et tout recommence. La somme qui définit eiθe^{i\theta} devient

1+iθ−θ22!−iθ33!+θ44!+iθ55!−⋯1 + i\theta - \frac{\theta^2}{2!} - i\,\frac{\theta^3}{3!} + \frac{\theta^4}{4!} + i\,\frac{\theta^5}{5!} - \cdots

On regroupe les termes sans ii et les termes avec ii ; eiθe^{i\theta} est donc égal à

(1−θ22!+θ44!−⋯)+i(θ−θ33!+θ55!−⋯)\left(1 - \frac{\theta^2}{2!} + \frac{\theta^4}{4!} - \cdots\right) + i\left(\theta - \frac{\theta^3}{3!} + \frac{\theta^5}{5!} - \cdots\right)

La première parenthèse est la série du cosinus, la seconde celle du sinus : on a donc eiθ=cos⁡θ+isin⁡θe^{i\theta} = \cos\theta + i\,\sin\theta. Le regroupement est permis parce que toutes ces séries convergent absolument, quel que soit θ\theta.

Ces séries convergent vite. Pour θ=1\theta = 1 radian (environ 57,29°), quatre termes de chaque parenthèse suffisent déjà : 1−12+124−17201 - \frac{1}{2} + \frac{1}{24} - \frac{1}{720} vaut environ 0,540 277, alors que cos⁡1\cos 1 vaut environ 0,540 302 ; et 1−16+1120−150401 - \frac{1}{6} + \frac{1}{120} - \frac{1}{5\,040} vaut environ 0,841 468, alors que sin⁡1\sin 1 vaut environ 0,841 470.

Une autre preuve, si l’on connaît les dérivées : la fonction g(θ)=e−iθ(cos⁡θ+isin⁡θ)g(\theta) = e^{-i\theta}(\cos\theta + i\,\sin\theta) a une dérivée nulle, car −i(cos⁡θ+isin⁡θ)+(−sin⁡θ+icos⁡θ)=0-i(\cos\theta + i\,\sin\theta) + (-\sin\theta + i\cos\theta) = 0. Elle est donc constante, égale à g(0)=1g(0) = 1, ce qui donne la formule.

Un peu d’histoire

Plusieurs mathématiciens ont approché ce résultat avant Euler. Johann Bernoulli relie, au début du XVIIIe siècle, certains logarithmes aux nombres imaginaires. En 1714, Roger Cotes publie un résultat équivalent, écrit sous forme de logarithme, mais entaché d’une erreur sur la place du facteur −1\sqrt{-1}.

Leonhard Euler obtient la formule vers 1740 en comparant les séries de l’exponentielle, du cosinus et du sinus, et la publie en 1748 dans son Introductio in analysin infinitorum. L’interprétation des nombres complexes comme points d’un plan, qui donne à la formule son image du cercle, ne vient qu’environ cinquante ans plus tard, avec Caspar Wessel puis Jean-Robert Argand. Le physicien Richard Feynman l’appelait « notre joyau » dans ses cours de physique (The Feynman Lectures on Physics, volume I, chapitre 22).

Ce que montre l’affiche

Le dessin ajoute une troisième dimension au cercle : il trace l’hélice t↦(t,cos⁡t,sin⁡t)t \mapsto (t, \cos t, \sin t) sur deux tours, tt allant de 00 à 4π4\pi, vue en perspective. Chaque point de l’hélice est le point eite^{it} du cercle, décalé le long d’un axe ; des segments relient l’axe à l’hélice tous les π/8\pi/8. Au milieu, l’ombre de l’hélice sur un plan est la courbe du cosinus, partie réelle de eite^{it} ; en bas, son autre ombre est la courbe du sinus, partie imaginaire. Le dessin est calculé par des programmes écrits pour l’atelier, à partir de la formule elle-même, et existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • Σ (iθ)ⁿ/n! = cos θ + i sin θ pour 2 001 valeurs de θ entre −10 et 10écart maximal 8.10e-13

Sources

Questions fréquentes

À quoi sert la formule d’Euler ?

Elle remplace les calculs de trigonométrie par des calculs sur des exponentielles, plus simples à manipuler. On l’utilise partout où il y a des oscillations : électricité en courant alternatif, traitement du signal, analyse de Fourier, mécanique quantique.

Faut-il exprimer l’angle en degrés ou en radians ?

En radians. La formule e^(iθ) = cos θ + i sin θ repose sur les séries du cosinus et du sinus, qui ne sont valables que pour un angle mesuré en radians (π radians = 180°).

Comment retrouver cos θ et sin θ à partir de l’exponentielle ?

En combinant la formule pour θ et pour −θ : cos θ = (e^(iθ) + e^(−iθ)) / 2 et sin θ = (e^(iθ) − e^(−iθ)) / (2i).

Que vaut le module de e^(iθ) ?

Pour θ réel, il vaut toujours 1, car cos²θ + sin²θ = 1. Le point e^(iθ) se trouve donc sur le cercle de centre 0 et de rayon 1.

Quelle est la différence entre la formule d’Euler et l’identité d’Euler ?

La formule d’Euler est valable pour tout réel θ. L’identité d’Euler, e^(iπ) + 1 = 0, en est le cas particulier θ = π.