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Nombres · 4 affiches · formule n° 10

La formule de Leibniz pour π

En additionnant et soustrayant tour à tour les inverses des nombres impairs, 1 − 1/3 + 1/5 − 1/7 + …, on s’approche de π/4. La formule est exacte, mais il faut énormément de termes pour obtenir quelques décimales de π.

Voir les 4 affiches 2 contrôles par le calcul

Connue de l’école de Madhava au Kerala, retrouvée au XVIIe siècle par Gregory et Leibniz. Dessin : les sommes successives, multipliées par 4, oscillent autour de π\pi en s’en rapprochant.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

La formule affirme que la somme alternée des inverses des nombres impairs converge, et que sa limite est le quart de π\pi :

π4=1−13+15−17+⋯=∑k=0∞(−1)k2k+1\frac{\pi}{4} = 1 - \frac{1}{3} + \frac{1}{5} - \frac{1}{7} + \cdots = \sum_{k=0}^{\infty} \frac{(-1)^k}{2k+1}
  • kk parcourt les entiers 0,1,2,3,…0, 1, 2, 3, \ldots
  • 2k+12k + 1 parcourt les nombres impairs 1,3,5,7,…1, 3, 5, 7, \ldots
  • (−1)k(-1)^k vaut +1+1 quand kk est pair et −1-1 quand kk est impair : les signes alternent.
  • ∑k=0∞\sum_{k=0}^{\infty} désigne la limite des sommes partielles SN=∑k=0N−1(−1)k2k+1S_N = \sum_{k=0}^{N-1} \frac{(-1)^k}{2k+1} (les NN premiers termes) quand NN grandit.
  • π≈3,1415926535…\pi \approx 3{,}141\,592\,653\,5\ldots est le rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre.

Un point important : la somme doit être prise dans cet ordre. Sans les signes moins, 1+13+15+⋯1 + \frac{1}{3} + \frac{1}{5} + \cdots grandirait sans limite ; c’est l’alternance qui fait converger la série, et un autre ordre des termes pourrait donner une autre limite.

La formule est le cas particulier x=1x = 1 d’un résultat plus général, la série de l’arctangente : arctan⁡x=x−x33+x55−x77+⋯\arctan x = x - \frac{x^3}{3} + \frac{x^5}{5} - \frac{x^7}{7} + \cdots, valable pour tout réel xx compris entre −1-1 et 11 (bornes incluses).

Un exemple

Multiplions les sommes partielles par 44 pour les comparer directement à π\pi :

  • 1 terme : 4×1=44 \times 1 = 4
  • 2 termes : 4×(1−13)≈2,66664 \times \left(1 - \frac{1}{3}\right) \approx 2{,}6666
  • 3 termes : 4×(1−13+15)≈3,46664 \times \left(1 - \frac{1}{3} + \frac{1}{5}\right) \approx 3{,}4666
  • 4 termes : ≈2,8952\approx 2{,}8952 ; 5 termes : ≈3,3396\approx 3{,}3396

Les valeurs passent alternativement au-dessus et au-dessous de π\pi, en s’en rapprochant lentement. Avec 1010 termes, on obtient environ 3,04183{,}0418 ; avec 100100 termes, environ 3,13153{,}1315 ; avec 10001\,000 termes, environ 3,14059265383{,}140\,592\,653\,8. L’écart avec π\pi est alors d’environ 0,0010{,}001 : il faut à peu près dix fois plus de termes pour chaque décimale supplémentaire.

On remarque une curiosité sur ce dernier résultat : 3,14059265383{,}14\mathbf{0}592653\mathbf{8} contre π=3,1415926535\pi = 3{,}14\mathbf{1}592653\mathbf{5}. Seules la troisième et la dixième décimale diffèrent ; ce phénomène, lié à la forme précise de l’erreur, est connu et étudié pour cette série.

L’alternance des signes a une conséquence utile : π\pi se trouve toujours entre deux sommes consécutives. Ainsi, avec 100100 et 101101 termes, on obtient environ 3,13153{,}1315 et 3,15143{,}1514, et π\pi est bien entre les deux. La moyenne de deux sommes consécutives est donc beaucoup plus proche de π\pi que chacune d’elles : avec 10001\,000 et 10011\,001 termes, elle vaut environ 3,1415921543{,}141\,592\,154, soit un écart d’environ 5×10−75 \times 10^{-7}, à peu près deux mille fois plus petit qu’avec 10001\,000 termes seuls.

Pourquoi c’est vrai

La somme a une limite. Les termes 1,13,15,…1, \frac{1}{3}, \frac{1}{5}, \ldots diminuent et tendent vers 00, et leurs signes alternent. Les sommes qui s’arrêtent sur un signe plus (11, puis 1−13+151 - \frac{1}{3} + \frac{1}{5}, etc.) diminuent ; celles qui s’arrêtent sur un signe moins augmentent ; et l’écart entre deux sommes consécutives tend vers 00. Les deux familles de sommes se resserrent donc vers une même limite : c’est le critère des séries alternées, appelé justement critère de Leibniz. Il prouve que la somme existe, mais pas qu’elle vaut π4\frac{\pi}{4}.

La limite vaut π/4. La démonstration utilise la fonction arctangente : arctan⁡1=π4\arctan 1 = \frac{\pi}{4}, car un angle de 45°45°, soit π4\frac{\pi}{4} radian, a une tangente égale à 11. On sait aussi que la dérivée de arctan⁡t\arctan t est 11+t2\frac{1}{1+t^2}, donc

∫01dt1+t2=arctan⁡1−arctan⁡0=π4.\int_0^1 \frac{dt}{1+t^2} = \arctan 1 - \arctan 0 = \frac{\pi}{4}.

Pour tout entier n≥0n \geq 0, la somme des termes d’une suite géométrique de raison −t2-t^2 donne l’égalité exacte

11+t2=1−t2+t4−⋯+(−1)nt2n+(−1)n+1t2n+21+t2.\frac{1}{1+t^2} = 1 - t^2 + t^4 - \cdots + (-1)^n t^{2n} + (-1)^{n+1}\frac{t^{2n+2}}{1+t^2}.

On intègre chaque terme entre 00 et 11. Comme ∫01t2kdt=12k+1\int_0^1 t^{2k}\,dt = \frac{1}{2k+1}, on obtient

π4=1−13+15−⋯+(−1)n2n+1+Rn,|Rn|=∫01t2n+21+t2dt≤∫01t2n+2dt=12n+3.\frac{\pi}{4} = 1 - \frac{1}{3} + \frac{1}{5} - \cdots + \frac{(-1)^n}{2n+1} + R_n, \qquad |R_n| = \int_0^1 \frac{t^{2n+2}}{1+t^2}\,dt \leq \int_0^1 t^{2n+2}\,dt = \frac{1}{2n+3}.

Le reste RnR_n tend vers 00 quand nn grandit : la série converge bien vers π4\frac{\pi}{4}. Cette majoration ne décroît qu’à la vitesse de 1N\frac{1}{N}, et ce n’est pas un défaut de la preuve : comme le montrent les calculs de l’exemple, l’erreur sur π\pi après NN termes est réellement voisine de 1N\frac{1}{N}.

Une remarque géométrique pour finir : π4\frac{\pi}{4} est l’aire d’un quart de disque de rayon 11, ou encore le rapport entre l’aire d’un disque et celle du carré qui l’entoure. La formule exprime donc ce rapport par une somme de fractions toutes simples.

Un peu d’histoire

La formule est souvent appelée série de Madhava-Leibniz. Elle a été trouvée en Inde, au XIVe ou au XVe siècle, par Madhava de Sangamagrama ou par ses successeurs de l’école d’astronomie et de mathématiques du Kerala. Aucun écrit de Madhava qui la contienne ne nous est parvenu : elle lui est attribuée par des auteurs plus tardifs de la même école, comme Nilakantha Somayaji et Jyeshthadeva, autour de 1500 et au XVIe siècle, qui en donnent aussi des justifications.

En Europe, la formule est redécouverte au XVIIe siècle, indépendamment. L’Écossais James Gregory obtient en 1671 la série de l’arctangente, dont elle est un cas particulier. Gottfried Wilhelm Leibniz la trouve vers 1673-1674 et la publie en février 1682 dans la revue Acta Eruditorum. Le titre latin de son article annonce justement la « vraie proportion du cercle au carré circonscrit, exprimée en nombres rationnels » : c’est le rapport de π4\frac{\pi}{4} évoqué plus haut. Selon la thèse la plus courante, les travaux du Kerala n’ont été connus en Europe qu’au XIXe siècle.

Pour calculer réellement des décimales de π\pi, on a vite préféré des formules qui convergent beaucoup plus vite, comme celle de John Machin (1706), qui combine deux arctangentes.

Ce que montre l’affiche

Le dessin suit les 4040 premières sommes partielles, multipliées par 44, calculées une à une par le programme. Une ligne horizontale marque la valeur de π\pi ; chaque somme est un point, relié à cette ligne par un trait vertical, dans une couleur pour les sommes qui s’arrêtent sur un signe plus et une autre pour celles qui s’arrêtent sur un signe moins. Les points oscillent de part et d’autre de π\pi en se resserrant lentement : après 4040 termes, l’écart est encore d’environ 0,0250{,}025. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • |Σ_{k<10⁷} (−1)ᵏ/(2k+1) − π/4| ≤ 1/(2·10⁷+1) (série alternée)écart 2.50e-8
  • décimales affichées (3,1415926535…)

Sources

Questions fréquentes

Combien de termes faut-il pour obtenir π avec la formule de Leibniz ?

Après NN termes, l’erreur sur π\pi est d’environ 1N\frac{1}{N} : 10001\,000 termes donnent environ 3,14053{,}1405, et il faut de l’ordre d’un million de termes pour une erreur d’un millionième. C’est pourquoi on ne s’en sert pas pour calculer π\pi en pratique.

Pourquoi parle-t-on de série de Madhava-Leibniz ?

La série a été trouvée en Inde, au sein de l’école du Kerala issue de Madhava (XIVe-XVe siècle), bien avant sa redécouverte en Europe par Gregory et Leibniz au XVIIe siècle. Le double nom rend justice à cette antériorité.

Pourquoi la formule donne-t-elle π/4 et pas π ?

Elle vient de l’arctangente : la série 1−13+15−⋯1 - \frac{1}{3} + \frac{1}{5} - \cdots vaut arctan⁡1\arctan 1, et l’angle dont la tangente vaut 11 est 45°45°, soit π4\frac{\pi}{4} radian.

Peut-on changer l’ordre des termes ?

Non sans risque : la série ne converge que grâce à l’alternance des signes. Un théorème de Riemann montre qu’en réordonnant les termes d’une telle série, on peut obtenir n’importe quelle autre limite.