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Géométrie · 4 affiches · formule n° 3

La relation d’Euler des polyèdres

Pour tout polyèdre convexe, le nombre de sommets moins le nombre d’arêtes plus le nombre de faces vaut toujours 2. Ce résultat ne dépend ni de la taille ni de la forme exacte des faces : c’est l’un des premiers théorèmes de la topologie.

Voir les 4 affiches 5 contrôles par le calcul

Pour tout polyèdre convexe : SS sommets, AA arêtes, FF faces. Dessin : les cinq solides de Platon ; faces et arêtes sont calculées à partir des seuls sommets.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la relation

Pour tout polyèdre convexe, c’est-à-dire un solide limité par des faces planes et sans creux ni trou (le segment qui joint deux de ses points reste à l’intérieur du solide) :

S−A+F=2S - A + F = 2
  • SS est le nombre de sommets, les coins du polyèdre.
  • AA est le nombre d’arêtes, les segments où deux faces se rejoignent.
  • FF est le nombre de faces, les polygones plats qui forment la surface.

La relation reste vraie bien au-delà des polyèdres convexes : il suffit que la surface du polyèdre puisse être déformée continûment, sans déchirure ni recollement, en une sphère, et que chaque face soit un polygone d’un seul tenant, sans trou. On dit que le polyèdre est « homéomorphe à la sphère ».

En revanche, elle est fausse pour un polyèdre troué. Prenons un cadre carré épais, percé en son centre d’un trou carré : il a 16 sommets (8 sur le dessus, 8 dessous), 32 arêtes (12 sur le dessus, 12 dessous, 8 verticales) et 16 faces (4 dessus, 4 dessous, 4 à l’extérieur, 4 à l’intérieur). On trouve 16−32+16=016 - 32 + 16 = 0, et non 2. Sa surface a la forme d’une bouée, un tore. Plus généralement, pour un polyèdre dont les faces sont sans trou et dont la surface ressemble à une bouée à gg anneaux, on obtient S−A+F=2−2gS - A + F = 2 - 2g : ce nombre, appelé caractéristique d’Euler, compte en quelque sorte les trous.

Un exemple

Le ballon de football classique a la forme d’un polyèdre appelé icosaèdre tronqué : 12 faces pentagonales et 20 faces hexagonales. Comptons sans le dessiner.

  1. Les faces : F=12+20=32F = 12 + 20 = 32.
  2. Les arêtes : les faces ont au total 12×5+20×6=18012 \times 5 + 20 \times 6 = 180 côtés, et chaque arête est partagée par deux faces, donc A=180÷2=90A = 180 \div 2 = 90.
  3. Les sommets : à chaque sommet se rencontrent trois faces, donc S=180÷3=60S = 180 \div 3 = 60.
  4. On calcule S−A+F=60−90+32=2S - A + F = 60 - 90 + 32 = 2.

La relation explique même pourquoi le ballon a exactement 12 pentagones. Imaginons un polyèdre convexe fait de pp pentagones et hh hexagones, avec trois faces à chaque sommet. Comme ci-dessus, F=p+hF = p + h, A=5p+6h2A = \frac{5p + 6h}{2} et S=5p+6h3S = \frac{5p + 6h}{3}. En reportant dans S−A+FS - A + F, les termes en hh s’annulent et il reste p6\frac{p}{6}. La relation impose p6=2\frac{p}{6} = 2, donc p=12p = 12, quel que soit le nombre d’hexagones.

Avec un cube, on trouve 8−12+6=28 - 12 + 6 = 2 ; avec une pyramide à base pentagonale, 6−10+6=26 - 10 + 6 = 2 ; avec un prisme à base hexagonale, 12−18+8=212 - 18 + 8 = 2.

La relation sert aussi à calculer : un polyèdre convexe à 7 faces et 10 sommets, comme le prisme à base pentagonale, a forcément A=S+F−2=10+7−2=15A = S + F - 2 = 10 + 7 - 2 = 15 arêtes.

Pourquoi c’est vrai

Une démonstration complète demande des précautions qui dépassent le cadre de cette page : plusieurs preuves publiées aux XVIIIe et XIXe siècles se sont révélées incomplètes. L’idée la plus connue, qui remonte à Cauchy (1811), est la suivante.

  1. On retire une face du polyèdre, puis on aplatit la surface restante sur une table, comme une peau qu’on étire, sans rien déchirer. On obtient un réseau plan de points et de segments, avec les mêmes SS et AA, mais une face de moins (on ne compte pas la région extérieure) : il faut montrer que dans ce réseau, S−A+F=1S - A + F = 1.
  2. On découpe chaque face en triangles en traçant des diagonales : chaque diagonale ajoute une arête et une face, ce qui ne change pas S−A+FS - A + F.
  3. On retire les triangles un par un depuis le bord. Retirer un triangle qui touche le bord par une arête enlève une arête et une face ; s’il touche le bord par deux arêtes, on enlève un sommet, deux arêtes et une face. Dans les deux cas, S−A+FS - A + F ne change pas.
  4. À la fin, il reste un seul triangle : 3−3+1=13 - 3 + 1 = 1. En remettant la face retirée au début, on obtient 22.

La difficulté est de justifier chaque étape, en particulier l’ordre dans lequel on retire les triangles. Le philosophe Imre Lakatos a consacré un livre entier, Proofs and Refutations (1976), aux preuves successives de cette relation et à leurs failles.

Un peu d’histoire

Leonhard Euler annonce la relation dans une lettre au mathématicien Christian Goldbach datée de novembre 1750. Il la publie ensuite dans deux mémoires de l’Académie de Saint-Pétersbourg, dans le volume consacré aux années 1752-1753, paru en 1758. Sa démonstration reposait sur des hypothèses non dites et a été jugée incomplète. La première preuve généralement acceptée, au moins pour les polyèdres convexes, est attribuée à Adrien-Marie Legendre (1794).

La question d’une découverte antérieure par René Descartes est discutée. Son manuscrit De solidorum elementis, rédigé vers 1630 (la date exacte est incertaine), n’est connu que par une copie faite par Leibniz en 1676, retrouvée à Hanovre vers 1860. Il contient une formule dont on peut tirer facilement la relation d’Euler. Mais l’étude de référence de P. J. Federico (1982) conclut que Descartes ne l’avait probablement pas formulée ; ses commentateurs soulignent notamment qu’il ne raisonnait pas en termes d’arêtes. Dès 1537, Francesco Maurolico avait par ailleurs remarqué, dans un manuscrit resté inédit, que la relation est vérifiée par les cinq solides de Platon.

Ce que montre l’affiche

L’affiche réunit les cinq solides de Platon : tétraèdre, cube, octaèdre, dodécaèdre et icosaèdre. Le programme ne reçoit que les coordonnées de leurs sommets ; il en déduit lui-même les faces (les plans qui laissent tous les autres sommets du même côté) et les arêtes (les paires de sommets communes à exactement deux faces). Les faces visibles sont teintées, les arêtes cachées sont en pointillés, et sous chaque solide s’inscrit le décompte : 4−6+4=24 - 6 + 4 = 2, 8−12+6=28 - 12 + 6 = 2, 6−12+8=26 - 12 + 8 = 2, 20−30+12=220 - 30 + 12 = 2 et 12−30+20=212 - 30 + 20 = 2. Ces dessins, calculés par des programmes écrits pour l’atelier à partir de la formule elle-même, existent en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • tétraèdre : S − A + F = 4 − 6 + 4 = 2
  • cube : S − A + F = 8 − 12 + 6 = 2
  • octaèdre : S − A + F = 6 − 12 + 8 = 2
  • dodécaèdre : S − A + F = 20 − 30 + 12 = 2
  • icosaèdre : S − A + F = 12 − 30 + 20 = 2

Sources

Questions fréquentes

Que vaut S − A + F pour un cube ?

Un cube a 8 sommets, 12 arêtes et 6 faces, donc 8 − 12 + 6 = 2, comme le prévoit la relation d’Euler.

La relation d’Euler est-elle vraie pour tous les polyèdres ?

Non. Elle est vraie pour les polyèdres convexes et, plus généralement, pour ceux dont la surface peut être déformée en une sphère. Pour un polyèdre percé d’un trou, comme un cadre, on trouve 0 au lieu de 2.

Comment trouver le nombre d’arêtes d’un polyèdre convexe ?

On compte les sommets et les faces, puis on applique A = S + F − 2. On peut aussi additionner le nombre de côtés de toutes les faces et diviser par 2, puisque chaque arête borde exactement deux faces.

Pourquoi n’y a-t-il que cinq polyèdres réguliers convexes ?

En chaque sommet, au moins trois faces se rencontrent, et la somme de leurs angles doit rester inférieure à 360°. Seuls conviennent trois, quatre ou cinq triangles équilatéraux, trois carrés ou trois pentagones réguliers, ce qui donne exactement les cinq solides de Platon.

Quelle différence entre la relation d’Euler et la formule d’Euler ?

La relation d’Euler, S − A + F = 2, concerne les polyèdres. La formule d’Euler, e^(iθ) = cos θ + i sin θ, relie l’exponentielle complexe au cosinus et au sinus. Euler a laissé son nom à de nombreux résultats différents.