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Nombres · 4 affiches · formule n° 68

Les quaternions de Hamilton

Les quaternions prolongent les nombres complexes avec trois unités imaginaires, i, j et k, liées par une seule formule. Leur multiplication n’est pas commutative, et ils servent aujourd’hui à calculer des rotations dans l’espace.

Voir les 4 affiches 13 contrôles par le calcul

Les quaternions s’écrivent a+bi+cj+dka + bi + cj + dk (a,b,c,da, b, c, d réels). Selon son propre récit, Hamilton grava cette formule au couteau le 16 octobre 1843 sur le pont de Brougham, à Dublin. Dessin : la table de ±1,±i,±j,±k\pm 1, \pm i, \pm j, \pm k (ligne fois colonne), tirée de ces seules règles ; elle n’est pas symétrique : ij=kij = k mais ji=−kji = -k.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

Un quaternion est une expression q=a+bi+cj+dkq = a + bi + cj + dk, où aa, bb, cc, dd sont des nombres réels et ii, jj, kk trois unités imaginaires. On additionne les quaternions terme à terme. Pour les multiplier, on développe en respectant l’ordre des facteurs, avec cette seule règle :

i2=j2=k2=ijk=−1i^2 = j^2 = k^2 = ijk = -1
  • ii, jj, kk sont trois nombres distincts dont le carré vaut −1-1, comme l’unité imaginaire des nombres complexes.
  • ijkijk est le produit de ii par jj, puis du résultat par kk. Le produit des quaternions est associatif, ce qui permet d’écrire ijkijk sans parenthèses.
  • aa est la partie réelle du quaternion ; bi+cj+dkbi + cj + dk est sa partie vectorielle, que l’on identifie au vecteur (b,c,d)(b, c, d) de l’espace.

De la formule, on tire tous les produits deux à deux. En multipliant ijk=−1ijk = -1 à droite par kk, on obtient ij×k2=−kij \times k^2 = -k, c’est-à-dire −ij=−k-ij = -k : donc ij=kij = k. De la même façon,

ij=k,jk=i,ki=j,ji=−k,kj=−i,ik=−j.ij = k, \quad jk = i, \quad ki = j, \qquad ji = -k, \quad kj = -i, \quad ik = -j.

La multiplication n’est pas commutative : changer l’ordre de deux unités imaginaires distinctes change le signe. Elle garde en revanche presque toutes les autres règles du calcul habituel : associativité, distributivité, et surtout la division. Le conjugué de qq est q¯=a−bi−cj−dk\bar{q} = a - bi - cj - dk, et

qq¯=a2+b2+c2+d2=|q|2.q\,\bar{q} = a^2 + b^2 + c^2 + d^2 = |q|^2.

Tout quaternion non nul a donc un inverse, q−1=q¯/|q|2q^{-1} = \bar{q}/|q|^2. De plus, le module est multiplicatif : |pq|=|p||q||pq| = |p|\,|q|.

Lien avec les vecteurs. Si u→\vec{u} et v→\vec{v} sont deux vecteurs de l’espace, vus comme des quaternions de partie réelle nulle, leur produit vaut

u→v→=−u→⋅v→+u→∧v→:\vec{u}\,\vec{v} = -\,\vec{u} \cdot \vec{v} + \vec{u} \wedge \vec{v} :

la partie réelle est l’opposé du produit scalaire, la partie vectorielle est le produit vectoriel. En particulier, u→2=−∥u→∥2\vec{u}^{\,2} = -\|\vec{u}\|^2.

Les rotations. Soit n→\vec{n} un vecteur unitaire et α\alpha un angle. Avec q=cos⁡α2+sin⁡α2n→q = \cos\frac{\alpha}{2} + \sin\frac{\alpha}{2}\,\vec{n}, l’application v→↦qv→q¯\vec{v} \mapsto q\,\vec{v}\,\bar{q} est la rotation d’angle α\alpha autour de l’axe n→\vec{n}. Composer deux rotations revient à multiplier les quaternions correspondants.

Un exemple

Multiplions p=1+2i+3j+4kp = 1 + 2i + 3j + 4k par q=5+6i+7j+8kq = 5 + 6i + 7j + 8k. On développe les seize produits, en remplaçant i2i^2, j2j^2, k2k^2 par −1-1 et les produits mixtes par la table ci-dessus :

  • partie réelle : 1×5−2×6−3×7−4×8=5−12−21−32=−601 \times 5 - 2 \times 6 - 3 \times 7 - 4 \times 8 = 5 - 12 - 21 - 32 = -60 ;
  • partie en ii : 1×6+2×5+3×8−4×7=6+10+24−28=121 \times 6 + 2 \times 5 + 3 \times 8 - 4 \times 7 = 6 + 10 + 24 - 28 = 12 ;
  • partie en jj : 1×7−2×8+3×5+4×6=7−16+15+24=301 \times 7 - 2 \times 8 + 3 \times 5 + 4 \times 6 = 7 - 16 + 15 + 24 = 30 ;
  • partie en kk : 1×8+2×7−3×6+4×5=8+14−18+20=241 \times 8 + 2 \times 7 - 3 \times 6 + 4 \times 5 = 8 + 14 - 18 + 20 = 24.

Donc pq=−60+12i+30j+24kpq = -60 + 12i + 30j + 24k. Dans l’autre ordre, on trouve qp=−60+20i+14j+32kqp = -60 + 20i + 14j + 32k : le résultat est différent.

Le module est bien multiplicatif : |p|2=1+4+9+16=30|p|^2 = 1 + 4 + 9 + 16 = 30, |q|2=25+36+49+64=174|q|^2 = 25 + 36 + 49 + 64 = 174, et |pq|2=3600+144+900+576=5220=30×174|pq|^2 = 3\,600 + 144 + 900 + 576 = 5\,220 = 30 \times 174.

Une rotation. Pour tourner de 90∘90^\circ autour de l’axe kk, on prend q=cos⁡45∘+ksin⁡45∘=22(1+k)q = \cos 45^\circ + k\sin 45^\circ = \frac{\sqrt{2}}{2}(1 + k). Le calcul de qiq¯q\,i\,\bar{q} donne exactement jj : le premier axe est envoyé sur le deuxième, comme le fait un quart de tour autour du troisième.

Pourquoi c’est vrai

La formule de Hamilton est une définition : elle fixe la règle de multiplication. Ce qu’il faut démontrer, c’est que cette règle ne mène à aucune contradiction, en particulier que le produit est associatif.

Une représentation par des matrices. On associe à q=a+bi+cj+dkq = a + bi + cj + dk la matrice à coefficients complexes

M(q)=(a+bic+di−c+dia−bi).M(q) = \begin{pmatrix} a + bi & c + di \\ -c + di & a - bi \end{pmatrix}.

Un calcul direct montre que M(i)2=M(j)2=M(k)2=M(i)M(j)M(k)=−IM(i)^2 = M(j)^2 = M(k)^2 = M(i)M(j)M(k) = -I, où II est la matrice identité, et que M(pq)=M(p)M(q)M(pq) = M(p)\,M(q) pour tous quaternions pp et qq. Le produit des matrices étant associatif, celui des quaternions l’est aussi. Le déterminant de M(q)M(q) vaut a2+b2+c2+d2a^2 + b^2 + c^2 + d^2, et le déterminant d’un produit est le produit des déterminants : c’est la multiplicativité du module, qui équivaut à l’identité des quatre carrés publiée par Euler en 1748.

Pourquoi quatre nombres et pas trois. Hamilton a d’abord cherché des « triplets » prolongeant les nombres complexes, sans succès. Ferdinand Georg Frobenius a démontré en 1877 que les seules algèbres associatives de dimension finie sur les réels où l’on peut toujours diviser par un élément non nul sont les réels, les complexes et les quaternions. La démonstration dépasse le cadre de cette page.

L’atelier a vérifié les règles de la table, l’accord avec le produit des matrices, l’associativité, la multiplicativité du module, le produit des vecteurs et les rotations sur des milliers de quaternions tirés au hasard.

Un peu d’histoire

William Rowan Hamilton (1805-1865), mathématicien et astronome irlandais, directeur de l’observatoire de Dunsink, cherchait depuis des années à multiplier des triplets de nombres. Dans une lettre de 1865 à son fils Archibald, il raconte que ses enfants lui demandaient chaque matin s’il savait enfin multiplier les triplets, et qu’il devait répondre qu’il savait seulement les additionner et les soustraire.

Le lundi 16 octobre 1843, il marche avec son épouse le long du Royal Canal, à Dublin, pour aller présider une séance du conseil de la Royal Irish Academy. En arrivant au pont de Brougham (aujourd’hui Broom Bridge), la solution lui apparaît : il faut quatre nombres, et non trois. Selon son propre récit, il ne peut s’empêcher de graver au couteau la formule i2=j2=k2=ijk=−1i^2 = j^2 = k^2 = ijk = -1 sur une pierre du pont. L’inscription a disparu depuis longtemps ; une plaque la commémore, et l’université de Maynooth organise chaque année, depuis 1989, une marche de l’observatoire de Dunsink jusqu’au pont.

Le Français Olinde Rodrigues avait publié dès 1840 des formules équivalentes pour composer les rotations, sans définir de nouveaux nombres. À la fin du XIXe siècle, le calcul vectoriel de Gibbs et Heaviside, plus simple pour les physiciens, a pris la place des quaternions dans l’enseignement. Ceux-ci restent très utilisés pour représenter les rotations : en infographie, en robotique et pour piloter l’orientation des engins spatiaux.

Ce que montre l’affiche

La table de multiplication des huit quaternions ±1\pm 1, ±i\pm i, ±j\pm j, ±k\pm k : la case située sur la ligne aa et la colonne bb contient le produit abab, calculé par le programme avec la seule règle de Hamilton. Chaque unité a sa couleur (1, ii, jj, kk), en teinte pleine pour un résultat positif et en teinte claire pour un résultat négatif. Chaque ligne contient les huit unités une fois et une seule, et la table n’est pas symétrique : 24 cases sur 64 diffèrent de leur symétrique, comme ij=kij = k et ji=−kji = -k. Le dessin est calculé par des programmes écrits pour l’atelier ; l’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Sources : Quaternion (Wikipédia) (nouvel onglet), Quaternion (Wikipedia) (nouvel onglet), Quaternion (Wolfram MathWorld) (nouvel onglet), Broom Bridge (Wikipedia) (nouvel onglet), History of quaternions (Wikipedia) (nouvel onglet), lettres de Hamilton sur la découverte (Trinity College Dublin) (nouvel onglet), théorème de Frobenius (Wikipedia) (nouvel onglet).

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • i² = j² = k² = −1
  • ijk = (ij)k = i(jk) = −1
  • conséquences : ij = k, jk = i, ki = j
  • non-commutativité : ji = −k, kj = −i, ik = −j
  • matrices 2 × 2 complexes : I² = J² = K² = IJK = −Id
  • le produit de Hamilton coïncide avec le produit des matrices complexes (10 000 couples)écart maximal 3.28e-16
  • associativité : (pq)s = p(qs) (10 000 triplets)écart maximal 5.18e-16
  • le module est multiplicatif : |pq| = |p| |q| (10 000 couples)écart maximal 5.81e-16
  • tout quaternion non nul a un inverse : p × p̄/|p|² = 1 (10 000 tirages)écart maximal 6.68e-16
  • quaternions purs : (0, u)(0, v) = (−u·v, u ∧ v) (10 000 couples)écart maximal 0.00e+0
  • rotations : q v q̄ = formule de Rodrigues (2 000 tirages)écart maximal 6.13e-16
  • dessin : la table des 8 unités est fermée, chaque ligne contient les 8 unités une fois (carré latin)
  • dessin : 24 cases sur 64 diffèrent de leur symétrique (ab = −ba pour deux unités imaginaires distinctes)24 cases

Sources

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un quaternion ?

Un nombre de la forme a + bi + cj + dk, avec a, b, c, d réels et trois unités imaginaires i, j, k qui vérifient i² = j² = k² = ijk = −1. Les quaternions prolongent les nombres complexes à quatre dimensions.

Pourquoi ij n’est-il pas égal à ji ?

Parce que la règle de Hamilton impose ij = k et ji = −k. La multiplication des quaternions n’est pas commutative : l’ordre des facteurs compte.

Où Hamilton a-t-il gravé la formule des quaternions ?

Sur une pierre du pont de Brougham (aujourd’hui Broom Bridge), au-dessus du Royal Canal à Dublin, le 16 octobre 1843, selon son propre récit. L’inscription a disparu ; une plaque la rappelle.

À quoi servent les quaternions ?

Surtout à représenter et à composer des rotations dans l’espace, sans les difficultés des angles successifs : en infographie, en robotique et pour l’orientation des satellites.

Peut-on diviser par un quaternion ?

Oui, par tout quaternion non nul q : son inverse est le conjugué divisé par le carré du module, q̄/|q|².