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Analyse · 4 affiches · formule n° 18

L’intégrale de Gauss

L’aire totale sous la courbe en cloche y = e^(−x²) est finie et vaut exactement √π, environ 1,7724. Ce résultat fonde la loi normale des probabilités.

Voir les 4 affiches 1 contrôles par le calcul

L’aire sous la courbe en cloche y=e−x2y = e^{-x^2} vaut π\sqrt{\pi}. Dessin : cette aire, et un rectangle de hauteur 1 et de largeur π\sqrt{\pi} qui a exactement la même.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

∫−∞+∞e−x2dx=π\int_{-\infty}^{+\infty} e^{-x^2}\, \mathrm{d}x = \sqrt{\pi}
  • e−x2e^{-x^2} est la fonction « en cloche » : elle vaut 1 en x=0x = 0, est symétrique, et décroît très vite de part et d’autre (déjà environ 0,0183 en x=2x = 2).
  • ∫−∞+∞…dx\int_{-\infty}^{+\infty} \ldots \,\mathrm{d}x désigne l’aire totale sous la courbe, sur toute la droite réelle. C’est une intégrale généralisée : on calcule l’aire entre −a-a et aa, puis on fait tendre aa vers l’infini. Elle converge, car pour |x|≥1|x| \geq 1 on a e−x2≤e−|x|e^{-x^2} \leq e^{-|x|}, dont l’aire est finie.
  • π\sqrt{\pi}, environ 1,7724538509, est la valeur de cette aire.

Le résultat est remarquable parce que e−x2e^{-x^2} n’a pas de primitive qui s’écrive avec les fonctions usuelles (polynômes, exponentielles, logarithmes, fonctions trigonométriques…). On ne peut donc pas calculer cette aire par la méthode habituelle ; il faut une astuce.

Par un simple changement de variable, on en déduit des formules très utilisées :

  • pour tout réel a>0a > 0, ∫−∞+∞e−ax2dx=πa\int_{-\infty}^{+\infty} e^{-a x^2}\,\mathrm{d}x = \sqrt{\frac{\pi}{a}} ;
  • avec a=12a = \frac{1}{2}, ∫−∞+∞e−x2/2dx=2π\int_{-\infty}^{+\infty} e^{-x^2/2}\,\mathrm{d}x = \sqrt{2\pi}, environ 2,5066. C’est pourquoi la densité de la loi normale centrée réduite s’écrit 12πe−x2/2\frac{1}{\sqrt{2\pi}}\,e^{-x^2/2} : son aire totale vaut 1.
  • Plus généralement, pour une moyenne μ\mu et un écart type σ>0\sigma > 0, la translation x↦x−μx \mapsto x - \mu ne change pas l’aire, et l’on obtient ∫−∞+∞e−(x−μ)2/(2σ2)dx=σ2π\int_{-\infty}^{+\infty} e^{-(x-\mu)^2/(2\sigma^2)}\,\mathrm{d}x = \sigma\sqrt{2\pi}. C’est l’origine du facteur 1σ2π\frac{1}{\sigma\sqrt{2\pi}} devant toute densité normale.

Par symétrie de la courbe, l’aire sur la demi-droite [0,+∞[[0, +\infty[ vaut la moitié : ∫0+∞e−x2dx=π2\int_0^{+\infty} e^{-x^2}\,\mathrm{d}x = \frac{\sqrt{\pi}}{2}, environ 0,886226.

Un exemple

L’aire se concentre presque entièrement près de 0. En calculant numériquement l’aire entre −a-a et aa :

  • entre −1-1 et 11 : environ 1,4936, soit environ 84,27 % de π\sqrt{\pi} ;
  • entre −2-2 et 22 : environ 1,7641, soit environ 99,53 % ;
  • entre −3-3 et 33 : environ 1,77241, soit environ 99,997 %.

Au-delà de |x|=3|x| = 3, il reste moins de 0,003 % de l’aire. La courbe ne touche jamais l’axe, mais ce qui reste sous sa « queue » devient négligeable très vite.

Ces proportions ont un nom : la fonction d’erreur, erf(a)=2π∫0ae−t2dt\mathrm{erf}(a) = \frac{2}{\sqrt{\pi}}\int_0^{a} e^{-t^2}\,\mathrm{d}t, qui donne directement la part de l’aire comprise entre −a-a et aa ; par exemple erf(1)\mathrm{erf}(1) vaut environ 0,842700. Elle n’a pas de formule avec les fonctions usuelles, mais elle est tabulée et programmée partout. En probabilités, elle donne la règle bien connue de la loi normale : une variable normale tombe à moins d’un écart type de sa moyenne avec une probabilité d’environ 68,26 %, à moins de deux écarts types environ 95,44 %, à moins de trois environ 99,73 %.

Pourquoi c’est vrai

La démonstration classique calcule le carré de l’intégrale, en passant à deux dimensions.

1. Le carré de l’intégrale est une intégrale double. Notons I(a)=∫−aae−x2dxI(a) = \int_{-a}^{a} e^{-x^2}\,\mathrm{d}x. En écrivant ce produit avec deux variables xx et yy :

I(a)2=∫−aae−x2dx×∫−aae−y2dy=∬carrée−(x2+y2)dxdy,I(a)^2 = \int_{-a}^{a} e^{-x^2}\mathrm{d}x \times \int_{-a}^{a} e^{-y^2}\mathrm{d}y = \iint_{\text{carré}} e^{-(x^2 + y^2)}\,\mathrm{d}x\,\mathrm{d}y,

où le carré est [−a,a]×[−a,a][-a, a] \times [-a, a] (théorème de Fubini). C’est le volume sous une « cloche » en trois dimensions, qui ne dépend que de la distance r=x2+y2r = \sqrt{x^2 + y^2} au centre.

2. Sur un disque, le calcul devient facile. En coordonnées polaires, un petit morceau de surface a pour aire rdrdθr\,\mathrm{d}r\,\mathrm{d}\theta (un « rectangle » de côtés dr\mathrm{d}r et rdθr\,\mathrm{d}\theta). Sur le disque de rayon RR centré à l’origine :

∬disquee−(x2+y2)dxdy=∫02π∫0Re−r2rdrdθ=2π[−e−r22]0R=π(1−e−R2).\iint_{\text{disque}} e^{-(x^2 + y^2)}\,\mathrm{d}x\,\mathrm{d}y = \int_0^{2\pi}\!\!\int_0^{R} e^{-r^2}\, r\,\mathrm{d}r\,\mathrm{d}\theta = 2\pi \left[-\frac{e^{-r^2}}{2}\right]_0^R = \pi\left(1 - e^{-R^2}\right).

C’est le facteur rr qui rend le calcul possible : re−r2r\,e^{-r^2} a une primitive simple, −12e−r2-\frac{1}{2}e^{-r^2}, alors que e−x2e^{-x^2} seule n’en a pas.

3. On encadre le carré par deux disques. Le carré contient le disque de rayon aa et est contenu dans le disque de rayon a2a\sqrt{2}. La fonction étant positive :

π(1−e−a2)≤I(a)2≤π(1−e−2a2).\pi\left(1 - e^{-a^2}\right) \leq I(a)^2 \leq \pi\left(1 - e^{-2a^2}\right).

Pour a=2a = 2, par exemple : environ 3,0840≤3,1122≤3,14053{,}0840 \leq 3{,}1122 \leq 3{,}1405.

4. On passe à la limite. Quand aa tend vers l’infini, les deux bornes tendent vers π\pi, donc I2=πI^2 = \pi. Comme l’intégrale d’une fonction positive est positive, I=πI = \sqrt{\pi}.

Le cœur du calcul se vérifie aussi numériquement : ∫0∞re−r2dr\int_0^{\infty} r\,e^{-r^2}\,\mathrm{d}r vaut 12\frac{1}{2}, et 2π×12=π2\pi \times \frac{1}{2} = \pi, environ 3,14159.

On écrit souvent ce raisonnement en une ligne, directement sur tout le plan. L’encadrement par les disques sert à le rendre rigoureux, car un carré n’est pas un disque.

Un peu d’histoire

Abraham de Moivre rencontre ce type d’intégrale en 1733, en approchant la loi binomiale par une courbe en cloche. La première démonstration connue de la valeur π\sqrt{\pi} est attribuée à Pierre-Simon de Laplace. Carl Friedrich Gauss utilise ce résultat en 1809 dans sa théorie des erreurs de mesure, en en attribuant le calcul à Laplace ; l’usage a pourtant retenu son nom, comme pour la « courbe de Gauss ». L’idée du passage en coordonnées polaires est généralement rapportée à Siméon Denis Poisson.

L’intégrale de Gauss donne aussi Γ(12)=π\Gamma\left(\frac{1}{2}\right) = \sqrt{\pi} pour la fonction Gamma d’Euler, qui prolonge la factorielle : le changement de variable t=u2t = u^2 transforme Γ(12)=∫0∞t−1/2e−tdt\Gamma\left(\frac{1}{2}\right) = \int_0^{\infty} t^{-1/2} e^{-t}\,\mathrm{d}t en 2∫0∞e−u2du=π2\int_0^{\infty} e^{-u^2}\,\mathrm{d}u = \sqrt{\pi}. C’est aussi d’elle que vient le 2π\sqrt{2\pi} de la formule de Stirling.

Ce que montre l’affiche

L’affiche trace la courbe y=e−x2y = e^{-x^2} pour xx de −3,2-3{,}2 à 3,23{,}2, avec l’aire sous la courbe en couleur, découpée par de fines lignes verticales tous les dixièmes. Par-dessus, un rectangle en pointillés, de hauteur 1 et de largeur π\sqrt{\pi} (de −π2-\frac{\sqrt{\pi}}{2} à π2\frac{\sqrt{\pi}}{2}, soit environ ±0,886\pm 0{,}886), a exactement la même aire que toute la cloche. Les tracés sont calculés par un programme écrit pour l’atelier, et l’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • ∫ e^(−x²) dx (méthode du point milieu sur [−9, 9]) = √πobtenu 1.772453850905401, attendu 1.7724538509055159, écart 6.48e-14 (tolérance 1e-12)

Sources

Questions fréquentes

Combien vaut l’intégrale de Gauss ?

L’intégrale de e^(−x²) sur toute la droite réelle vaut √π, environ 1,7724538509. Sur la demi-droite de 0 à +∞, elle vaut la moitié, √π/2.

Pourquoi ne peut-on pas calculer l’intégrale de Gauss avec une primitive ?

Parce que e^(−x²) n’a pas de primitive exprimable avec les fonctions usuelles. On contourne l’obstacle en calculant le carré de l’intégrale en coordonnées polaires, où un facteur r rend le calcul possible.

Quel est le lien entre l’intégrale de Gauss et la loi normale ?

Elle donne ∫ e^(−x²/2) dx = √(2π) sur toute la droite. Diviser par √(2π) fait de e^(−x²/2)/√(2π) une densité de probabilité d’aire totale 1 : celle de la loi normale centrée réduite.

Pourquoi l’appelle-t-on intégrale de Gauss si Gauss ne l’a pas découverte ?

Gauss l’a rendue célèbre en l’utilisant en 1809 dans sa théorie des erreurs de mesure, et le nom de la courbe en cloche lui est resté attaché. Le premier calcul connu de sa valeur est attribué à Laplace.

Que vaut l’intégrale de e^(−ax²) ?

Pour tout réel a > 0, elle vaut √(π/a) sur toute la droite réelle. On l’obtient à partir de l’intégrale de Gauss par le changement de variable u = x√a.