Nombres · 4 affiches · formule n° 67
La formule de Moivre
La formule de Moivre dit qu’élever le nombre complexe cos θ + i sin θ à la puissance n revient à multiplier son angle par n. Elle sert à calculer des puissances et à trouver les racines n-ièmes de l’unité.
Quatre styles
Les affiches
La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.
Ce que dit la formule
Pour tout nombre réel et tout entier relatif (positif, négatif ou nul) :
- est l’unité imaginaire : .
- est le nombre complexe de module 1 et d’argument : dans le plan complexe, c’est le point du cercle de rayon 1 repéré par l’angle , mesuré en radians depuis l’axe des réels.
- est l’exposant, un entier. Pour , les deux membres valent 1 ; pour , la puissance désigne l’inverse : .
En clair : sur le cercle de rayon 1, prendre la puissance revient à faire tourner fois du même angle . Avec la formule d’Euler, , la formule de Moivre s’écrit simplement .
Pour un module quelconque. Si avec , alors : on élève le module à la puissance et on multiplie l’argument par . Sans le facteur , l’égalité est fausse dès que .
L’exposant doit être entier. Pour , par exemple, la formule ne veut plus rien dire de précis : et désignent le même nombre, 1, mais vaut dans le premier cas et dans le second. Un nombre complexe non nul a en effet deux racines carrées, et plus généralement racines -ièmes.
Les racines -ièmes de l’unité. Pour , l’équation a exactement solutions complexes :
La formule de Moivre montre que chacune convient : . Ces points sont les sommets d’un polygone régulier inscrit dans le cercle de rayon 1, avec un sommet en 1. Pour , leur somme est nulle.
Un exemple
Une puissance sans développer. Calculons . Le nombre a pour module et pour argument :
Huit multiplications successives par donnent bien 16.
Une puissance élevée. Pour , le nombre de module 1 et d’angle , la formule donne sans aucun calcul : neuf rotations de font un demi-tour. Développer à la main demanderait au contraire de calculer et de regrouper dix termes.
Des formules de trigonométrie. Pour , on développe le membre de gauche, en se souvenant que et :
En identifiant parties réelles et imaginaires, puis en remplaçant par (et par ) :
Pour , les deux membres de la première égalité valent environ .
Les racines cubiques. Les racines cubiques de l’unité sont , et (pour ) ; les racines sixièmes sont , et les quatre nombres , sommets d’un hexagone régulier. Celles de s’obtiennent en prenant la racine cubique du module, 2, et le tiers de l’argument, à près : , et . On vérifie par exemple que .
Pourquoi c’est vrai
Le cœur du raisonnement est la règle du produit : multiplier deux nombres de module 1 ajoute leurs angles. En développant, puis en utilisant les formules d’addition du cosinus et du sinus,
Récurrence pour . Pour , les deux membres valent 1. Si la formule est vraie pour un entier , on multiplie les deux membres par ; la règle du produit, avec et , donne . La formule est donc vraie pour tout entier naturel.
Exposants négatifs. Le produit vaut . L’inverse de est donc , et la formule pour , appliquée à l’angle , donne le cas des exposants négatifs.
L’atelier a contrôlé l’égalité sur 10 000 tirages ( réel entre et , entier entre et ), en calculant la puissance par multiplications répétées, sans trigonométrie.
Un peu d’histoire
Abraham de Moivre (1667-1754) naît à Vitry-le-François, en Champagne. Protestant, il quitte la France pour l’Angleterre au moment des persécutions contre les huguenots et vit à Londres de leçons de mathématiques. Il est aussi connu pour ses travaux sur les probabilités, où apparaît l’approximation par la loi normale.
La formule qui porte son nom n’apparaît pas telle quelle dans ses écrits. Elle est présente de façon implicite dans ses travaux sur les racines -ièmes, dès un article des Philosophical Transactions de 1707, puis dans ses Miscellanea Analytica (1730). C’est Leonhard Euler qui l’écrit sous sa forme actuelle, en 1748, dans son Introductio in analysin infinitorum, l’ouvrage où figure aussi la formule .
Ce que montre l’affiche
Le cercle de rayon 1 du plan complexe, avec ses douze racines douzièmes de l’unité. Pour à , le programme part de 1 et multiplie sans cesse par , sans utiliser la formule : les points obtenus retombent toujours sur ces douze racines, et reviennent à 1 après 12, 6, 4, 3 et 12 pas. Ils tracent ainsi un dodécagone, un hexagone, un carré, un triangle et une étoile à douze branches. Le dessin est calculé par des programmes écrits pour l’atelier ; l’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.
Pour aller plus loin
- La formule d’Euler, qui écrit sous la forme .
- L’identité d’Euler, le cas : .
- Le cercle trigonométrique, où vivent les nombres de module 1.
- Les quaternions, qui prolongent les nombres complexes à quatre dimensions.
Sources : Formule de Moivre (Wikipédia) (nouvel onglet), De Moivre’s formula (Wikipedia) (nouvel onglet), de Moivre’s Identity (Wolfram MathWorld) (nouvel onglet), Root of unity (Wikipedia) (nouvel onglet), Abraham de Moivre (Wikipedia) (nouvel onglet).
Vérifiée par le calcul
Les contrôles de cette formule
Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode
- (cos θ + i sin θ)^n = cos nθ + i sin nθ, 10 000 tirages, θ réel dans [−10, 10], n entier de −30 à 30 (puissance par multiplications répétées)écart maximal 5.76e-15
- (cos π/3 + i sin π/3)³ = −1-1 + 3.885780586188048e-16 i
- (1 + i)⁸ = (√2)⁸ (cos 2π + i sin 2π) = 16 (calcul exact)
- pour n = 2 à 40 : les n nombres cos(2kπ/n) + i sin(2kπ/n) sont distincts et vérifient zⁿ = 1
- pour n = 2 à 40 : la somme des racines n-ièmes de l’unité est nullemodule maximal 6.04e-15
- contre-exemple : n = 1/2 ; θ = 0 et θ = 2π donnent le même nombre (1) mais cos(θ/2) + i sin(θ/2) vaut 1 puis −1
- contre-exemple : sans module 1, (2(cos 1 + i sin 1))³ = 8 (cos 3 + i sin 3) ≠ cos 3 + i sin 3
- conséquence (n = 3) : cos 3θ = 4 cos³θ − 3 cos θ (1 000 tirages)écart maximal 8.88e-16
- dessin : les orbites pour k = 1 à 5 ont 12, 6, 4, 3 et 12 points (12/pgcd(k, 12))12, 6, 4, 3, 12
- dessin : tous les points calculés sont des racines 12-ièmes de l’unité
Sources
Questions fréquentes
Que dit la formule de Moivre ?
Pour tout réel θ et tout entier n, (cos θ + i sin θ)^n = cos(nθ) + i sin(nθ) : élever à la puissance n un nombre complexe de module 1 revient à multiplier son angle par n.
Comment démontrer la formule de Moivre ?
Par récurrence sur n, grâce aux formules d’addition : (cos a + i sin a)(cos b + i sin b) = cos(a + b) + i sin(a + b). Les exposants négatifs s’en déduisent, car l’inverse de cos θ + i sin θ est cos θ − i sin θ.
Comment trouver les racines n-ièmes de l’unité ?
Ce sont les n nombres cos(2kπ/n) + i sin(2kπ/n), pour k = 0, 1, …, n − 1. Ils forment les sommets d’un polygone régulier inscrit dans le cercle de rayon 1.
La formule de Moivre est-elle valable pour un exposant non entier ?
Non. Avec n = 1/2, les angles 0 et 2π, qui désignent le même nombre 1, donneraient 1 et −1 : une puissance non entière d’un nombre complexe a plusieurs valeurs possibles.
Quel lien avec la formule d’Euler ?
La formule d’Euler écrit cos θ + i sin θ = e^{iθ} ; la formule de Moivre devient alors (e^{iθ})^n = e^{inθ}, une simple règle des puissances.



