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Analyse · 4 affiches · formule n° 64

La formule de Taylor

La formule de Taylor approche une fonction, près d’un point a, par un polynôme construit avec ses dérivées en a. Plus on prend de dérivées, plus l’approximation est fine près de a.

Voir les 4 affiches 12 contrôles par le calcul

Forme de Taylor-Young : pour ff dérivable nn fois en aa, quand xx tend vers aa. Dessin : la courbe de sin⁡x\sin x et ses polynômes de Taylor en a=0a = 0, de degré 1, 3, 5, 7, 9, 11 et 13 (écrits au bord), fidèles de plus en plus loin.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

Soit ff une fonction définie sur un intervalle contenant le réel aa, et nn un entier naturel. Si ff est dérivable nn fois en aa, alors, quand xx tend vers aa :

f(x)=∑k=0nf(k)(a)k!(x−a)k+o((x−a)n)f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}\,(x-a)^{k} + o\big((x-a)^{n}\big)

C’est la formule de Taylor-Young. Le polynôme Tn(x)=∑k=0nf(k)(a)k!(x−a)kT_n(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k est le polynôme de Taylor de ff en aa à l’ordre nn ; l’égalité s’appelle aussi un développement limité de ff en aa à l’ordre nn.

  • f(k)(a)f^{(k)}(a) : la dérivée kk-ième de ff en aa, avec la convention f(0)=ff^{(0)} = f. Ainsi f(1)=f′f^{(1)} = f' et f(2)=f″f^{(2)} = f''.
  • k!k! : la factorielle de kk, produit 1×2×⋯×k1 \times 2 \times \cdots \times k, avec 0!=10! = 1.
  • (x−a)k(x - a)^k : l’écart entre xx et aa, élevé à la puissance kk ; par convention (x−a)0=1(x-a)^0 = 1.
  • o((x−a)n)o\big((x-a)^n\big) : un reste négligeable devant (x−a)n(x - a)^n, c’est-à-dire une quantité qui, divisée par (x−a)n(x-a)^n, tend vers 0 quand xx tend vers aa.

Pour n=1n = 1, on retrouve l’approximation par la tangente : f(x)=f(a)+f′(a)(x−a)+o(x−a)f(x) = f(a) + f'(a)(x - a) + o(x - a), ce qui est exactement la définition de la dérivée.

Une forme avec un reste exact. Si ff est dérivable n+1n + 1 fois sur un intervalle contenant aa et xx, la formule de Taylor-Lagrange affirme qu’il existe un réel cc strictement compris entre aa et xx (pour x≠ax \neq a) tel que

f(x)=∑k=0nf(k)(a)k!(x−a)k+f(n+1)(c)(n+1)!(x−a)n+1.f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k + \frac{f^{(n+1)}(c)}{(n+1)!}(x-a)^{n+1}.

On ne connaît pas cc, mais si l’on sait majorer |f(n+1)||f^{(n+1)}| par un nombre MM, l’erreur est au plus M|x−a|n+1(n+1)!\frac{M\,|x-a|^{n+1}}{(n+1)!}.

Une formule locale. Taylor-Young ne dit rien loin de aa. Et même avec toutes ses dérivées, le polynôme ne suffit pas toujours : la fonction qui vaut e−1/x2e^{-1/x^2} pour x≠0x \neq 0 et 0 en 0 a toutes ses dérivées nulles en 0, donc tous ses polynômes de Taylor en 0 sont nuls, alors qu’elle ne s’annule qu’en 0.

Un exemple

Prenons f=sinf = \sin et a=0a = 0. Les dérivées successives de sin\sin sont cos\cos, −sin-\sin, −cos-\cos, sin\sin, puis le cycle recommence ; en 0 elles valent 0,1,0,−1,0,1,…0, 1, 0, -1, 0, 1, \ldots D’où

sin⁡x=x−x36+x5120−x75040+⋯\sin x = x - \frac{x^3}{6} + \frac{x^5}{120} - \frac{x^7}{5\,040} + \cdots

où seules les puissances impaires apparaissent. Calculons sin⁡0,5\sin 0{,}5, qui vaut environ 0,479 425 538 6 :

  1. Ordre 1 : T1(0,5)=0,5T_1(0{,}5) = 0{,}5. Erreur environ 0,020 57.
  2. Ordre 3 : T3(0,5)=0,5−0,1256T_3(0{,}5) = 0{,}5 - \frac{0{,}125}{6}, environ 0,479 166 666. Erreur environ 0,000 258 8.
  3. Ordre 5 : on ajoute 0,55120=0,03125120\frac{0{,}5^5}{120} = \frac{0{,}031\,25}{120}, environ 0,000 260 416, et l’on obtient environ 0,479 427 083. Erreur environ 0,000 001 544.

La formule de Taylor-Lagrange garantit ce dernier résultat sans connaître sin⁡0,5\sin 0{,}5 : comme le terme de degré 6 est nul, T5=T6T_5 = T_6, et l’erreur est au plus 0,577!=0,00781255040\frac{0{,}5^7}{7!} = \frac{0{,}007\,812\,5}{5\,040}, environ 0,000 001 550, puisque toutes les dérivées de sin\sin sont comprises entre −1-1 et 1. L’erreur réelle, environ 0,000 001 544, est bien en dessous.

Pourquoi c’est vrai

Taylor-Lagrange par le théorème de Rolle. Fixons x≠ax \neq a et considérons, pour tt entre aa et xx,

φ(t)=f(x)−∑k=0nf(k)(t)k!(x−t)k−K(x−t)n+1,\varphi(t) = f(x) - \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(t)}{k!}(x-t)^k - K\,(x-t)^{n+1},

où la constante KK est choisie pour que φ(a)=0\varphi(a) = 0. On a aussi φ(x)=f(x)−f(x)=0\varphi(x) = f(x) - f(x) = 0. En dérivant, les termes de la somme se simplifient deux à deux et il reste

φ′(t)=−f(n+1)(t)n!(x−t)n+K(n+1)(x−t)n.\varphi'(t) = -\frac{f^{(n+1)}(t)}{n!}(x-t)^n + K\,(n+1)(x-t)^n.

D’après le théorème de Rolle, φ′\varphi' s’annule en un point cc strictement compris entre aa et xx ; comme (x−c)n≠0(x - c)^n \neq 0, cela donne K=f(n+1)(c)(n+1)!K = \frac{f^{(n+1)}(c)}{(n+1)!}. L’égalité φ(a)=0\varphi(a) = 0 est alors exactement la formule de Taylor-Lagrange.

Taylor-Young. Si ff est nn fois dérivable sur un intervalle contenant aa, avec f(n)f^{(n)} continue en aa, on applique Taylor-Lagrange à l’ordre n−1n - 1 : le reste vaut f(n)(c)n!(x−a)n\frac{f^{(n)}(c)}{n!}(x-a)^n, et f(n)(c)f^{(n)}(c) tend vers f(n)(a)f^{(n)}(a) quand xx tend vers aa ; la différence est bien négligeable devant (x−a)n(x-a)^n. Sous la seule hypothèse « nn fois dérivable en aa », la démonstration, par récurrence sur nn, demande plus de soin et dépasse le cadre de cette page.

Les programmes de l’atelier vérifient la formule par le calcul : pour cinq fonctions (sin\sin en deux points, exp\exp, ln\ln, 11−x\frac{1}{1-x}, x\sqrt{x}) et des ordres 1 à 6, le reste divisé par (x−a)n(x - a)^n tend vers 0 ; pour sin\sin, la majoration de Lagrange est contrôlée sur 10 000 couples (x,n)(x, n) tirés au hasard ; la fonction |x||x|, non dérivable en 0, sert de contre-exemple.

Un peu d’histoire

Des développements de ce type sont connus bien avant le nom de Taylor. Les séries du sinus et du cosinus figurent dans des textes de l’école du Kerala, en Inde, qui les attribuent à Madhava de Sangamagrama (XIVe ou XVe siècle) ; en Europe, Newton les retrouve vers 1669. James Gregory mentionne une version du résultat dès 1671, et, selon le site d’histoire des mathématiques MacTutor, Newton, Leibniz, Jean Bernoulli et de Moivre en connaissaient des variantes.

Brook Taylor publie la formule en 1715 dans Methodus incrementorum directa et inversa, sans se préoccuper du reste. Le cas a=0a = 0 porte souvent le nom de Colin Maclaurin, qui l’a beaucoup utilisé au XVIIIe siècle. C’est Lagrange qui, à la fin du XVIIIe siècle, insiste sur la nécessité de contrôler le reste ; la forme du reste citée plus haut porte son nom. La forme avec un oo porte le nom du mathématicien anglais William Henry Young.

Ce que montre l’affiche

Le dessin trace la courbe de sin⁡x\sin x entre −7,1-7{,}1 et 7,17{,}1 (environ deux périodes) et ses polynômes de Taylor en a=0a = 0 de degrés 1, 3, 5, 7, 9, 11 et 13, calculés à partir des dérivées de sin\sin en 0. Chaque polynôme épouse la sinusoïde autour de 0 puis s’en écarte et sort du cadre ; le programme calcule ce point de sortie et y écrit le degré, en haut pour 1, 5, 9 et 13, en bas pour 3, 7 et 11. Plus le degré est élevé, plus le polynôme reste collé à la courbe loin de 0. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Sources : Théorème de Taylor (Wikipédia) (nouvel onglet), Taylor’s theorem (Wikipedia) (nouvel onglet), Taylor’s Theorem (MathWorld) (nouvel onglet), Taylor Series (MathWorld) (nouvel onglet), Brook Taylor (MacTutor) (nouvel onglet), Madhava series (Wikipedia) (nouvel onglet).

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • sin en 0 : pour n = 1 à 6, reste/(x − a)ⁿ → 0 et reste/(x − a)ⁿ⁺¹ → f⁽ⁿ⁺¹⁾(a)/(n + 1)!n = 3 : reste/h³ = 3.33e-4 ; 8.33e-5 ; 2.08e-5 ; 5.21e-6
  • sin en 1 : pour n = 1 à 6, reste/(x − a)ⁿ → 0 et reste/(x − a)ⁿ⁺¹ → f⁽ⁿ⁺¹⁾(a)/(n + 1)!n = 3 : reste/h³ = 7.18e-3 ; 3.55e-3 ; 1.76e-3 ; 8.79e-4
  • exp en 0,5 : pour n = 1 à 6, reste/(x − a)ⁿ → 0 et reste/(x − a)ⁿ⁺¹ → f⁽ⁿ⁺¹⁾(a)/(n + 1)!n = 3 : reste/h³ = 1.43e-2 ; 7.01e-3 ; 3.47e-3 ; 1.73e-3
  • ln en 1 : pour n = 1 à 6, reste/(x − a)ⁿ → 0 et reste/(x − a)ⁿ⁺¹ → f⁽ⁿ⁺¹⁾(a)/(n + 1)!n = 3 : reste/h³ = -4.31e-2 ; -2.32e-2 ; -1.20e-2 ; -6.13e-3
  • 1/(1 − x) en 0 : pour n = 1 à 6, reste/(x − a)ⁿ → 0 et reste/(x − a)ⁿ⁺¹ → f⁽ⁿ⁺¹⁾(a)/(n + 1)!n = 3 : reste/h³ = 2.50e-1 ; 1.11e-1 ; 5.26e-2 ; 2.56e-2
  • √x en 1 : pour n = 1 à 6, reste/(x − a)ⁿ → 0 et reste/(x − a)ⁿ⁺¹ → f⁽ⁿ⁺¹⁾(a)/(n + 1)!n = 3 : reste/h³ = -6.86e-3 ; -3.65e-3 ; -1.89e-3 ; -9.60e-4
  • sin : |sin x − Tₙ(x)| ≤ |x|ⁿ⁺¹/(n + 1)! (reste de Lagrange) sur 10 000 couples (x, n)
  • exp : polynôme de Taylor de degré 40 en 0 = eˣ sur 2 000 réels de [−2, 5]écart relatif maximal 1.38e-15
  • dessin : sin x = x − x³/6 + x⁵/120 − … (coefficients pairs nuls)
  • dessin : en x = 3, l’écart à sin 3 diminue avec le degré (1, 3, 5, 7, 9, 11, 13)2.9e+0 ; 1.6e+0 ; 3.8e-1 ; 5.0e-2 ; 4.2e-3 ; 2.5e-4 ; 1.1e-5
  • contre-exemple : |x| en 0 (non dérivable) : pour toute pente m, (|x| − mx)/x vaut 1 − m d’un côté, −1 − m de l’autre ; pas de développement d’ordre 1meilleur écart 1.0000
  • remarque : g(x) = e^(−1/x²) vérifie g(x)/xⁿ → 0 (n ≤ 10) mais g(1/2) = e⁻⁴ ≠ 0 : la formule ne vaut que près de a

Sources

Questions fréquentes

Quelle différence entre Taylor-Young et Taylor-Lagrange ?

Taylor-Young dit seulement que le reste est négligeable devant (x−a)n(x-a)^n quand xx tend vers aa ; elle est locale. Taylor-Lagrange, sous l’hypothèse plus forte « n+1n + 1 fois dérivable », donne le reste sous la forme f(n+1)(c)(n+1)!(x−a)n+1\frac{f^{(n+1)}(c)}{(n+1)!}(x-a)^{n+1}, ce qui permet de majorer l’erreur même loin de aa.

Que signifie o((x - a)^n) ?

C’est une quantité qui, divisée par (x−a)n(x-a)^n, tend vers 0 quand xx tend vers aa. Elle devient petite plus vite que (x−a)n(x - a)^n.

Qu’est-ce que la formule de Maclaurin ?

C’est la formule de Taylor au point a=0a = 0 : f(x)=∑k=0nf(k)(0)k!xk+o(xn)f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(0)}{k!}x^k + o(x^n).

La série de Taylor d’une fonction est-elle toujours égale à la fonction ?

Non. Pour sin\sin, cos\cos et exp\exp, elle converge vers la fonction pour tout xx, mais la fonction égale à e−1/x2e^{-1/x^2} (prolongée par 0 en 0) a une série de Taylor nulle en 0 alors qu’elle n’est pas nulle.

À quoi sert la formule de Taylor ?

À calculer des valeurs approchées avec une erreur contrôlée, à trouver des limites, à étudier la position d’une courbe par rapport à sa tangente, et en physique à remplacer une loi compliquée par son approximation près d’un point d’équilibre.