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Physique · 4 affiches · formule n° 29

L’attracteur de Lorenz et l’effet papillon

Trois équations simples, sans aucun hasard, produisent un mouvement qui ne se répète jamais. Deux départs presque identiques finissent par suivre des chemins sans rapport : c’est l’effet papillon.

Voir les 4 affiches 4 contrôles par le calcul

σ=10\sigma = 10, ρ=28\rho = 28, β=8/3\beta = 8/3 : les valeurs étudiées par Edward Lorenz en 1963. Dessin : deux trajectoires calculées pas à pas, parties à 10−910^{-9} près l’une de l’autre ; d’abord confondues, elles finissent par se séparer.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

dxdt=σ(y−x)dydt=x(ρ−z)−ydzdt=xy−βz\begin{aligned} \frac{\mathrm{d}x}{\mathrm{d}t} &= \sigma (y - x) \\ \frac{\mathrm{d}y}{\mathrm{d}t} &= x(\rho - z) - y \\ \frac{\mathrm{d}z}{\mathrm{d}t} &= xy - \beta z \end{aligned}

Ce système de trois équations différentielles décrit comment un point de coordonnées (x,y,z)(x, y, z) se déplace au cours du temps tt. Chaque équation donne la vitesse de variation d’une coordonnée en fonction de la position actuelle. Le système est déterministe : un point de départ donné détermine une trajectoire unique. C’est un modèle très simplifié de la convection dans une couche de fluide chauffée par le dessous, comme l’air au-dessus d’un sol chaud.

  • xx : l’intensité du mouvement de convection (la vitesse de rotation des rouleaux de fluide).
  • yy : l’écart de température entre les courants qui montent et ceux qui descendent.
  • zz : l’écart entre le profil vertical de température et un profil régulier.
  • σ\sigma (sigma) : le nombre de Prandtl, propre au fluide.
  • ρ\rho (rhô) : un paramètre lié au nombre de Rayleigh, qui mesure l’intensité du chauffage.
  • β\beta (bêta) : un paramètre lié aux proportions de la cellule de convection.

Toutes ces grandeurs sont sans unité. Lorenz a étudié les valeurs σ=10\sigma = 10, ρ=28\rho = 28 et β=8/3\beta = 8/3. Pour ces valeurs, toutes les trajectoires finissent par s’enrouler autour d’un même objet en forme de double boucle, sans jamais repasser deux fois par le même point : c’est l’attracteur de Lorenz, l’exemple le plus célèbre d’attracteur étrange.

Un exemple

Les états d’équilibre. Cherchons les points où rien ne bouge : les trois dérivées sont nulles. La première équation impose y=xy = x, la troisième x2=βzx^2 = \beta z. La deuxième devient x(ρ−1−z)=0x(\rho - 1 - z) = 0. Il y a donc l’origine (0,0,0)(0, 0, 0), absence de convection, et deux autres points où z=ρ−1=27z = \rho - 1 = 27 et x=y=±β(ρ−1)=±72=±62x = y = \pm\sqrt{\beta(\rho - 1)} = \pm\sqrt{72} = \pm 6\sqrt{2}, soit environ ±8,485\pm 8{,}485. Ce sont les centres des deux boucles de l’attracteur. Avec σ=10\sigma = 10 et β=8/3\beta = 8/3, ces deux équilibres deviennent instables dès que ρ\rho dépasse 470/19≈24,73470/19 \approx 24{,}73 : à ρ=28\rho = 28, la trajectoire tourne autour sans jamais s’y fixer.

La sensibilité aux conditions initiales. Lançons le calcul depuis (1,1,1)(1, 1, 1), puis depuis (1+10−9,1,1)(1 + 10^{-9}, 1, 1) : un écart d’un milliardième. Dans le calcul de l’atelier (méthode de Runge-Kutta, pas de temps 0,001), l’écart entre les deux trajectoires vaut environ 1,75×10−91{,}75 \times 10^{-9} à t=10t = 10, 9,2×10−79{,}2 \times 10^{-7} à t=20t = 20, 0,0150{,}015 à t=30t = 30, puis dépasse 1 vers t≈33,4t \approx 33{,}4 : les deux points ne sont plus du tout au même endroit de l’attracteur. L’erreur grandit en moyenne de façon exponentielle. Une prévision à long terme exigerait de connaître le départ avec une précision infinie.

Pourquoi c’est vrai

Certaines propriétés se démontrent en quelques lignes. La « divergence » du système, somme des dérivées de chaque équation par rapport à sa propre variable, vaut

∂x˙∂x+∂y˙∂y+∂z˙∂z=−σ−1−β=−413.\frac{\partial \dot x}{\partial x} + \frac{\partial \dot y}{\partial y} + \frac{\partial \dot z}{\partial z} = -\sigma - 1 - \beta = -\frac{41}{3}.

Elle est constante et négative : tout petit volume de points de départ se contracte, multiplié par e−41t/3e^{-41t/3} au bout du temps tt, soit environ 1,16×10−61{,}16 \times 10^{-6} après une seule unité de temps. L’attracteur a donc un volume nul. On montre aussi que toutes les trajectoires finissent par entrer dans une région bornée et n’en sortent plus.

Le caractère chaotique, en revanche, a longtemps été constaté sur ordinateur sans être démontré. La démonstration complète dépasse le cadre de cette page : en 2002, Warwick Tucker a prouvé que l’attracteur existe bien et possède les propriétés d’un attracteur étrange, par une preuve assistée par ordinateur avec contrôle rigoureux des erreurs de calcul. Cela répondait au 14e problème de la liste de Stephen Smale (Wikipédia, Lorenz system (nouvel onglet)).

Un peu d’histoire

Edward Lorenz, météorologue au MIT, publie ces équations en 1963 dans l’article Deterministic Nonperiodic Flow (Journal of the Atmospheric Sciences, vol. 20), en simplifiant un modèle de convection étudié par Barry Saltzman. Selon son propre récit, il avait remarqué au début des années 1960, sur un modèle météorologique plus vaste, qu’en relançant un calcul avec une valeur arrondie (0,506 au lieu de 0,506127), il obtenait au bout d’environ deux mois de temps simulé une évolution sans rapport avec la première (Wikipédia, Butterfly effect (nouvel onglet)).

L’expression « effet papillon » vient d’une conférence que Lorenz donne le 29 décembre 1972 à Washington, lors de la 139e réunion de l’American Association for the Advancement of Science. Son titre : Predictability: Does the Flap of a Butterfly’s Wings in Brazil Set off a Tornado in Texas? D’après Lorenz, ce titre a été choisi par l’organisateur de la séance, le météorologue Philip Merilees. Lorenz ne répondait pas à la question posée ; il faisait remarquer que, si un battement d’ailes pouvait déclencher une tornade, un autre pouvait aussi bien l’empêcher (Science News (nouvel onglet)). Son article de 1963 est d’ailleurs resté longtemps peu cité hors de la météorologie.

Ce que montre l’affiche

Le dessin trace deux trajectoires, calculées pas à pas à partir des trois équations sur 100 unités de temps : l’une part du point (1,1,1)(1, 1, 1), l’autre d’un point décalé de 10−910^{-9} seulement ; le tout début, qui n’est pas encore sur l’attracteur, est retiré. On les voit de face, dans le plan des coordonnées xx et zz, chacune dans sa couleur. Pendant des dizaines d’unités de temps, elles sont confondues ; puis l’écart minuscule du départ grandit, et elles finissent par parcourir les deux ailes de façon différente : c’est l’effet papillon, vérifié par le calcul de l’atelier. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • deux départs écartés de 10⁻⁹ : écart > 1 au bout de 40 unités de tempsécart à t = 1 : 1.12e-9 ; à t = 40 : 4.17
  • la trajectoire reste dans la région de l’attracteur
  • pas de calcul divisé par deux : même point à t = 5
  • les deux trajectoires du dessin : confondues à t = 10 (écart < 10⁻⁶), séparées à t = 100 (écart > 1)écart à t = 10 : 1.76e-9 ; à t = 100 : 13.34

Sources

À lire aussi

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’effet papillon ?

C’est le nom donné à la sensibilité aux conditions initiales : dans certains systèmes déterministes, un écart minuscule au départ finit par produire des différences énormes. Cela rend la prévision à long terme impossible en pratique, même sans aucun hasard.

D’où vient l’expression « effet papillon » ?

Du titre d’une conférence d’Edward Lorenz du 29 décembre 1972 : « Predictability: Does the Flap of a Butterfly’s Wings in Brazil Set off a Tornado in Texas? ». Selon Lorenz, le titre avait été proposé par l’organisateur de la séance, Philip Merilees.

Le chaos, est-ce le hasard ?

Non. Les équations de Lorenz ne contiennent aucun hasard : le même départ donne toujours la même trajectoire. Mais comme le départ n’est jamais connu exactement, le résultat devient imprévisible au bout d’un certain temps.

Qu’est-ce qu’un attracteur étrange ?

C’est un ensemble vers lequel les trajectoires sont attirées, sur lequel le mouvement est chaotique et dont la structure est fractale. Celui de Lorenz a une dimension estimée à environ 2,06.

Pourquoi σ = 10, ρ = 28 et β = 8/3 ?

Ce sont les valeurs retenues par Lorenz en 1963. Avec σ = 10 et β = 8/3, les deux états de convection stationnaire deviennent instables au-delà de ρ ≈ 24,73 ; à ρ = 28, le mouvement est chaotique.