Aller au contenu

Géométrie · 4 affiches · formule n° 54

Le théorème d’Al-Kashi

Le théorème d’Al-Kashi donne la longueur d’un côté d’un triangle quelconque à partir des deux autres côtés et de l’angle qu’ils forment. Il prolonge le théorème de Pythagore : le terme correctif disparaît quand cet angle est droit.

Voir les 4 affiches 16 contrôles par le calcul

Pour tout triangle : aa, bb, cc sont les longueurs des côtés et γ\gamma l’angle entre les côtés aa et bb. Dessin : le triangle 5-7-8, où γ=60∘\gamma = 60^\circ ; ses hauteurs coupent les carrés en rectangles égaux deux à deux, dont deux d’aire abcos⁡γ=20ab\cos\gamma = 20.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit le théorème

On considère un triangle quelconque ABCABC et l’on note, comme d’habitude, chaque côté par la lettre minuscule du sommet opposé : a=BCa = BC, b=CAb = CA et c=ABc = AB. On note γ\gamma l’angle au sommet CC, c’est-à-dire l’angle formé par les côtés [CA][CA] et [CB][CB], celui qui fait face au côté cc. Alors :

c2=a2+b2−2abcos⁡γc^2 = a^2 + b^2 - 2ab\cos\gamma
  • aa et bb sont les longueurs des deux côtés qui encadrent l’angle γ\gamma.
  • cc est la longueur du troisième côté, celui qui fait face à γ\gamma.
  • γ\gamma est la mesure de l’angle en CC, comprise strictement entre 0° et 180° dans un vrai triangle.
  • cos⁡γ\cos\gamma est le cosinus de cet angle : positif si l’angle est aigu, nul s’il est droit, négatif s’il est obtus.

Les longueurs doivent être exprimées dans la même unité ; c2c^2, a2a^2, b2b^2 et 2abcos⁡γ2ab\cos\gamma sont alors des aires dans cette unité au carré. Le même théorème s’écrit pour les deux autres angles, en permutant les lettres : a2=b2+c2−2bccos⁡αa^2 = b^2 + c^2 - 2bc\cos\alpha et b2=a2+c2−2accos⁡βb^2 = a^2 + c^2 - 2ac\cos\beta, où α\alpha et β\beta sont les angles en AA et en BB.

Trois conséquences utiles :

  • Si γ=90°\gamma = 90°, alors cos⁡γ=0\cos\gamma = 0 et l’on retrouve le théorème de Pythagore : c2=a2+b2c^2 = a^2 + b^2.
  • Le signe de a2+b2−c2a^2 + b^2 - c^2 indique la nature de l’angle : il est positif si γ\gamma est aigu, nul si γ\gamma est droit, négatif si γ\gamma est obtus. Cela contient la réciproque du théorème de Pythagore.
  • Connaissant les trois côtés, on obtient chaque angle : cos⁡γ=a2+b2−c22ab\cos\gamma = \frac{a^2 + b^2 - c^2}{2ab}, puis γ\gamma avec la touche « arccos » (ou « cos⁻¹ ») d’une calculatrice réglée en degrés.

Deux exemples

Calculer un côté. Un triangle a deux côtés de 5 cm et 8 cm qui forment un angle de 60°. Comme cos⁡60°=12\cos 60° = \frac{1}{2} :

c2=52+82−2×5×8×12=25+64−40=49,c^2 = 5^2 + 8^2 - 2 \times 5 \times 8 \times \tfrac{1}{2} = 25 + 64 - 40 = 49,

donc le troisième côté mesure exactement c=7c = 7 cm. C’est le triangle de l’affiche. Sans le terme correctif, on trouverait 89\sqrt{89}, environ 9,43 cm : beaucoup trop, car l’angle de 60° est plus fermé qu’un angle droit.

Calculer un angle. Un triangle a des côtés de 4 cm, 5 cm et 6 cm. Le plus grand angle fait face au plus grand côté. Avec a=4a = 4, b=5b = 5 et c=6c = 6 :

cos⁡γ=42+52−622×4×5=16+25−3640=540=0,125.\cos\gamma = \frac{4^2 + 5^2 - 6^2}{2 \times 4 \times 5} = \frac{16 + 25 - 36}{40} = \frac{5}{40} = 0{,}125.

Le cosinus est positif, donc l’angle est aigu : γ\gamma vaut environ 82,8°. Le même calcul donne pour les deux autres angles environ 41,4° (face au côté de 4 cm) et 55,7° (face au côté de 5 cm) ; la somme des trois valeurs non arrondies fait bien 180°.

Pourquoi c’est vrai

Avec des coordonnées. Plaçons le sommet CC à l’origine d’un repère orthonormé et le sommet BB sur l’axe des abscisses : C(0;0)C(0\,;\,0) et B(a;0)B(a\,;\,0). Le point AA est à la distance bb de CC, dans la direction qui fait l’angle γ\gamma avec l’axe ; par définition du cosinus et du sinus sur le cercle trigonométrique, ses coordonnées sont A(bcos⁡γ;bsin⁡γ)A(b\cos\gamma\,;\,b\sin\gamma). La distance ABAB se calcule alors avec le théorème de Pythagore :

c2=(bcos⁡γ−a)2+(bsin⁡γ)2=b2cos2⁡γ−2abcos⁡γ+a2+b2sin2⁡γ.c^2 = (b\cos\gamma - a)^2 + (b\sin\gamma)^2 = b^2\cos^2\gamma - 2ab\cos\gamma + a^2 + b^2\sin^2\gamma.

Comme cos2⁡γ+sin2⁡γ=1\cos^2\gamma + \sin^2\gamma = 1, il reste c2=a2+b2−2abcos⁡γc^2 = a^2 + b^2 - 2ab\cos\gamma. Ce calcul ne suppose rien sur l’angle : il vaut pour un angle aigu comme pour un angle obtus.

Avec des vecteurs. On a AB→=CB→−CA→\overrightarrow{AB} = \overrightarrow{CB} - \overrightarrow{CA}, d’après la relation de Chasles. En développant le carré scalaire, c2=a2+b2−2CA→⋅CB→c^2 = a^2 + b^2 - 2\,\overrightarrow{CA} \cdot \overrightarrow{CB}, et le produit scalaire CA→⋅CB→\overrightarrow{CA} \cdot \overrightarrow{CB} vaut précisément abcos⁡γab\cos\gamma.

Avec des aires, comme sur l’affiche, lorsque les trois angles sont aigus. Chaque hauteur du triangle, prolongée, coupe le carré construit sur un côté en deux rectangles. On montre que les deux rectangles qui touchent un même sommet ont la même aire : pour le sommet CC, cette aire est abcos⁡γab\cos\gamma. Le carré de cc est formé des rectangles des sommets AA et BB ; les carrés de aa et de bb contiennent ces mêmes rectangles, plus deux rectangles de sommet CC. D’où c2=a2+b2−2abcos⁡γc^2 = a^2 + b^2 - 2ab\cos\gamma. Avec un angle droit en CC, les rectangles du sommet CC disparaissent : c’est la démonstration d’Euclide du théorème de Pythagore.

Un peu d’histoire

Le résultat est connu bien avant la trigonométrie. Dans les Éléments d’Euclide (vers 300 av. J.-C.), les propositions 12 (nouvel onglet) et 13 (nouvel onglet) du livre II traitent séparément le triangle obtus et le triangle aigu. Sans cosinus ni algèbre, elles comparent des aires : le carré du côté opposé à un angle obtus dépasse la somme des carrés des deux autres côtés d’un double rectangle, construit sur un côté et sur la projection de l’autre.

Le mathématicien et astronome persan Ghiyath al-Din Jamshid al-Kashi (vers 1380-1429), qui travailla à Samarcande, énonce le théorème sous une forme trigonométrique, adaptée au calcul des triangles, dans La Clé de l’arithmétique (Miftah al-hisab), achevée vers 1427 selon les sources les plus citées. Au XVIe siècle, François Viète en donne une écriture algébrique et le fait connaître en Europe ; Wikipédia indique qu’il l’a vraisemblablement redécouvert de façon indépendante.

Le nom de « théorème d’Al-Kashi » est une particularité française : il s’est imposé dans les manuels scolaires dans les années 1990. On parlait auparavant de « théorème de Pythagore généralisé », et la plupart des autres langues disent « loi des cosinus ».

Ce que montre l’affiche

Le programme construit un triangle à partir de deux côtés seulement, 5 et 8, et de l’angle de 60° qu’ils forment ; il mesure ensuite le troisième côté et trouve 7. Sur chaque côté est posé un carré, que la hauteur issue du sommet opposé, prolongée en pointillés, coupe en deux rectangles. Le programme calcule leurs aires à partir des coordonnées : 20 et 5 dans le carré de aa (25), 20 et 44 dans celui de bb (64), 44 et 5 dans celui de cc (49) ; les deux rectangles de couleur vive, de sommet CC, valent chacun abcos⁡γ=20ab\cos\gamma = 20, d’où la ligne 52+82−2×5×8cos⁡60∘=49=725^2 + 8^2 - 2 \times 5 \times 8 \cos 60^\circ = 49 = 7^2 écrite sous la formule. Comme tous les dessins de la boutique, il est calculé par des programmes écrits pour l’atelier, à partir de la formule elle-même, et existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • c² = a² + b² − 2ab cos γ sur 10 000 triangles tirés au hasard (γ mesuré par atan2)écart relatif maximal 5.58e-12
  • angle γ obtus ⇔ c² > a² + b², aigu ⇔ c² < a² + b² (2416 obtus, 7584 aigus)
  • même égalité pour 10 000 triangles de l’espace (cos γ par le produit scalaire)écart relatif maximal 3.93e-13
  • γ = 90° : on retrouve Pythagore (3, 4 → c² = 25)obtenu 25, attendu 25, écart 0.00e+0 (tolérance 1e-14)
  • γ = 180° (triangle aplati) : c = a + bobtenu 7, attendu 7, écart 0.00e+0 (tolérance 1e-14)
  • γ = 0 (triangle aplati) : c = |a − b|obtenu 1, attendu 1, écart 0.00e+0 (tolérance 1e-14)
  • triangle 3-5-7 : γ = 120°, 3² + 5² − 2 × 3 × 5 cos 120° = 49obtenu 48.99999999999999, attendu 49, écart 1.45e-16 (tolérance 1e-14)
  • contre-exemple : sans le terme −2ab cos γ, l’égalité est fausse (triangle non rectangle)
  • contre-exemple : avec +2ab cos γ, l’égalité est fausse
  • dessin : le triangle construit avec a = 5, b = 8 et γ = 60° a bien c = 7 (mesuré)obtenu 6.999999999999999, attendu 7, écart 1.27e-16 (tolérance 1e-14)
  • dessin : les deux rectangles qui touchent un même sommet ont la même aireécart maximal 7.11e-15
  • dessin : rectangles du sommet C = ab cos γ = 20obtenu 20, attendu 20.000000000000004, écart 1.78e-16 (tolérance 1e-13)
  • dessin : chaque carré est la somme de ses deux rectanglesobtenu 1.0000000000000036, attendu 1, écart 3.55e-15 (tolérance 1e-13)
  • dessin : carré de c = carré de a + carré de b − 2 rectangles ab cos γobtenu 48.999999999999986, attendu 48.999999999999986, écart 0.00e+0 (tolérance 1e-13)
  • dessin : triangle acutangle, donc chaque hauteur tombe sur son côté
  • dimensions : 2ab cos γ est une aire, comme c² (le cosinus est sans dimension)[2,0,0,0,0] contre [2,0,0,0,0] (m, kg, s, A, K)

Sources

Questions fréquentes

Quand utiliser le théorème d’Al-Kashi plutôt que Pythagore ?

Le théorème de Pythagore ne s’applique qu’aux triangles rectangles. Le théorème d’Al-Kashi s’applique à tous les triangles : on l’utilise quand on connaît deux côtés et l’angle qu’ils forment, ou bien les trois côtés.

Comment trouver un angle avec le théorème d’Al-Kashi ?

On isole le cosinus : cos⁡γ=a2+b2−c22ab\cos\gamma = \frac{a^2 + b^2 - c^2}{2ab}, où cc est le côté opposé à l’angle cherché. On obtient ensuite l’angle avec la fonction arccos de la calculatrice, réglée en degrés.

Le théorème d’Al-Kashi marche-t-il avec un angle obtus ?

Oui. Le cosinus d’un angle obtus est négatif, donc le terme −2abcos⁡γ-2ab\cos\gamma s’ajoute : le côté opposé est plus long que dans le cas de l’angle droit.

Pourquoi parle-t-on aussi de loi des cosinus ?

C’est le nom le plus courant dans les autres langues (law of cosines en anglais), parce que la formule relie les côtés au cosinus d’un angle. Le nom de théorème d’Al-Kashi est surtout employé en France.

Qui était Al-Kashi ?

Un mathématicien et astronome persan, né vers 1380 à Kashan et mort en 1429 à Samarcande, où il travailla auprès du prince astronome Ulugh Beg. Il est aussi connu pour avoir calculé en 1424 le nombre pi avec seize décimales, une précision inégalée à son époque.