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Analyse · 4 affiches · formule n° 65

Le théorème de Rolle

Si une fonction continue et dérivable prend la même valeur aux deux bouts d’un intervalle, sa dérivée s’annule au moins une fois entre les deux. Sa courbe y a une tangente horizontale.

Voir les 4 affiches 7 contrôles par le calcul

Pour ff continue sur [a,b][a, b], dérivable sur ]a,b[]a, b[, avec a<ba < b. Dessin : une courbe qui prend la même valeur en aa et en bb ; elle a ici 3 points cc où la tangente est horizontale, c’est-à-dire où f′(c)=0f'(c) = 0.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

Soient aa et bb deux réels avec a<ba < b, et ff une fonction continue sur l’intervalle fermé [a,b][a, b] et dérivable sur l’intervalle ouvert ]a,b[]a, b[. Alors :

f(a)=f(b)⟹∃c∈]a,b[, f′(c)=0f(a) = f(b) \;\Longrightarrow\; \exists\, c \in \left]a, b\right[,\ f'(c) = 0
  • [a,b][a, b] : l’intervalle fermé, bornes comprises ; ]a,b[]a, b[ : l’intervalle ouvert, bornes exclues (notation française ; on écrit aussi (a,b)(a, b)).
  • f(a)=f(b)f(a) = f(b) : la fonction prend la même valeur aux deux extrémités.
  • ⟹\Longrightarrow : « implique » ; ∃\exists : « il existe au moins un ».
  • cc : un point situé strictement entre aa et bb. Il peut y en avoir plusieurs ; le théorème ne dit pas où il se trouve, seulement qu’il existe.
  • f′(c)=0f'(c) = 0 : la dérivée s’annule en cc, c’est-à-dire que la tangente à la courbe au point d’abscisse cc est horizontale.

Les deux hypothèses sont indispensables.

  • Sans la dérivabilité : f(x)=|x|f(x) = |x| sur [−1,1][-1, 1] est continue et vérifie f(−1)=f(1)=1f(-1) = f(1) = 1, mais sa dérivée vaut −1-1 à gauche de 0 et 11 à droite, et elle n’existe pas en 0. Aucune tangente horizontale.
  • Sans la continuité en une borne : la fonction qui vaut xx sur [0,1[[0, 1[ et 0 en x=1x = 1 vérifie f(0)=f(1)=0f(0) = f(1) = 0 et est dérivable sur ]0,1[]0, 1[, mais sa dérivée y vaut toujours 1.

Un exemple

Un polynôme du second degré. Soit f(x)=x2−3xf(x) = x^2 - 3x sur [0,3][0, 3]. C’est un polynôme, donc il est continu et dérivable partout, et f(0)=0=f(3)f(0) = 0 = f(3). Le théorème annonce un point cc entre 0 et 3 où f′(c)=0f'(c) = 0. On le trouve : f′(x)=2x−3f'(x) = 2x - 3 s’annule en c=32c = \frac{3}{2}, qui est bien dans ]0,3[]0, 3[. En ce point, f(32)=−94f\left(\frac{3}{2}\right) = -\frac{9}{4} : c’est le minimum de la parabole.

La fonction sinus. Sur [0,π][0, \pi], sin⁡0=sin⁡π=0\sin 0 = \sin \pi = 0, et la dérivée cos\cos s’annule en c=π2c = \frac{\pi}{2}, au sommet de l’arche.

La courbe de l’affiche. Soit f(x)=2+0,35x(x−1,2)(x−2,9)(x−4)f(x) = 2 + 0{,}35\,x(x - 1{,}2)(x - 2{,}9)(x - 4) sur [0,4][0, 4]. Le produit est nul en 0 et en 4, donc f(0)=f(4)=2f(0) = f(4) = 2. Ici, la dérivée f′(x)=0,35(4x3−24,3x2+39,76x−13,92)f'(x) = 0{,}35\,(4x^3 - 24{,}3x^2 + 39{,}76x - 13{,}92) s’annule trois fois dans ]0,4[]0, 4[, en environ 0,479 5, 2,042 3 et 3,553 0 : le théorème garantit au moins un point cc, il peut y en avoir davantage.

Pourquoi c’est vrai

La démonstration repose sur un résultat admis ici : une fonction continue sur un intervalle fermé borné [a,b][a, b] y atteint un maximum MM et un minimum mm (théorème des bornes atteintes).

  1. Si M=mM = m, la fonction est constante sur [a,b][a, b], sa dérivée est nulle partout et n’importe quel cc de ]a,b[]a, b[ convient.
  2. Sinon, MM ou mm est différent de la valeur commune f(a)=f(b)f(a) = f(b). Supposons que ce soit MM (l’autre cas est symétrique). Le maximum est alors atteint en un point cc qui n’est ni aa ni bb : cc est dans ]a,b[]a, b[, où ff est dérivable.
  3. Pour h>0h > 0 petit, f(c+h)≤f(c)f(c + h) \leq f(c), donc f(c+h)−f(c)h≤0\frac{f(c+h) - f(c)}{h} \leq 0 ; à la limite, f′(c)≤0f'(c) \leq 0.
  4. Pour h<0h < 0, le numérateur est encore négatif ou nul mais le dénominateur est négatif, donc le quotient est positif ou nul ; à la limite, f′(c)≥0f'(c) \geq 0.
  5. Donc f′(c)=0f'(c) = 0.

On voit où servent les hypothèses : la continuité sur [a,b][a, b] garantit l’existence du maximum, la dérivabilité en cc permet le passage à la limite.

Une conséquence majeure : les accroissements finis. Si ff est continue sur [a,b][a, b] et dérivable sur ]a,b[]a, b[, sans condition sur f(a)f(a) et f(b)f(b), on applique le théorème de Rolle à g(x)=f(x)−f(b)−f(a)b−a(x−a)g(x) = f(x) - \frac{f(b) - f(a)}{b - a}(x - a), qui vérifie g(a)=g(b)=f(a)g(a) = g(b) = f(a). On obtient un cc tel que f′(c)=f(b)−f(a)b−af'(c) = \frac{f(b) - f(a)}{b - a} : quelque part, la vitesse instantanée égale la vitesse moyenne.

Les programmes de l’atelier vérifient le théorème par le calcul : pour 10 000 polynômes tirés au hasard qui prennent la même valeur en aa et en bb, ils trouvent un zéro de la dérivée dans ]a,b[]a, b[, au point où le polynôme atteint son extremum ; ils contrôlent les deux contre-exemples ci-dessus et la conséquence sur les accroissements finis pour 1 000 fonctions.

Un peu d’histoire

Michel Rolle (1652-1719), membre de l’Académie royale des sciences, publie en 1691 la Démonstration d’une méthode pour résoudre les égalités de tous les degrés. Il y énonce le résultat pour les polynômes, sous une forme algébrique : entre deux racines d’un polynôme se trouve une racine d’un autre polynôme qu’il en déduit, que l’on reconnaît aujourd’hui comme la dérivée. Sa méthode n’utilise pas le calcul infinitésimal, dont il était d’ailleurs un critique déclaré.

Le passage à l’analyse vient plus tard. Selon Wikipédia en anglais, Cauchy en donne une démonstration en 1823, comme corollaire du théorème des accroissements finis. La démonstration moderne par le maximum, présentée plus haut, apparaît dans le cours de calcul différentiel de Joseph-Alfred Serret en 1868, sur une idée de Pierre-Ossian Bonnet. Le nom de « théorème de Rolle » s’impose au XIXe siècle ; il est employé par Moritz Wilhelm Drobisch en 1834 et par Giusto Bellavitis en 1846.

Ce que montre l’affiche

Le dessin trace la courbe de f(x)=2+0,35x(x−1,2)(x−2,9)(x−4)f(x) = 2 + 0{,}35\,x(x - 1{,}2)(x - 2{,}9)(x - 4) entre a=0a = 0 et b=4b = 4. Les deux extrémités sont à la même hauteur, sur une ligne pointillée marquée f(a)=f(b)f(a) = f(b). Le programme cherche les points où la dérivée change de signe, en trouve trois, et les marque c1c_1, c2c_2 et c3c_3 : en chacun, un petit segment montre la tangente horizontale et une verticale pointillée descend jusqu’à l’axe. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Sources : Théorème de Rolle (Wikipédia) (nouvel onglet), Rolle’s theorem (Wikipedia) (nouvel onglet), Rolle’s Theorem (MathWorld) (nouvel onglet), Michel Rolle (MacTutor) (nouvel onglet).

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • 10 000 polynômes p tirés au hasard avec p(a) = p(b) : p′ s’annule en un point c de ]a, b[ (là où p atteint son extremum)|p′(c)| maximal (rapporté à l’amplitude) 1.35e-13
  • sin sur [0, π] : c = π/2 ; cos sur [−π/2, π/2] : c = 0 ; x² − 3x sur [0, 3] : c = 3/2
  • dessin : f(0) = f(4) = 2 et f′ s’annule en 3 points de ]0, 4[ : 0.479560 ; 2.042348 ; 3.553092
  • dessin : forme développée exacte, et sa dérivée 0,35(4x³ − 24,3x² + 39,76x − 13,92) s’annule aux mêmes points
  • conséquence (accroissements finis) : pour 1 000 fonctions A·sin(ωx + φ), il existe c avec f′(c) = (f(b) − f(a))/(b − a)
  • contre-exemple (non dérivable en 0) : |x| sur [−1, 1], |−1| = |1| mais la dérivée vaut −1 ou 1 partout ailleurs, et en 0 les pentes à gauche et à droite sont −1 et 1
  • contre-exemple (non continue en b) : f(x) = x sur [0, 1[ et f(1) = 0 ; f(0) = f(1) mais f′ = 1 sur ]0, 1[

Sources

Questions fréquentes

Quelles sont les hypothèses du théorème de Rolle ?

Il faut a<ba < b, une fonction continue sur [a,b][a, b], dérivable sur ]a,b[]a, b[, et f(a)=f(b)f(a) = f(b). Si l’une manque, la conclusion peut être fausse, comme le montre |x||x| sur [−1,1][-1, 1].

Le point c du théorème de Rolle est-il unique ?

Non. Le théorème garantit au moins un point cc, mais il peut y en avoir plusieurs, voire une infinité : sur la courbe de l’affiche, il y en a trois.

Quelle différence entre le théorème de Rolle et le théorème des accroissements finis ?

Le théorème de Rolle est le cas particulier f(a)=f(b)f(a) = f(b) du théorème des accroissements finis, qui affirme l’existence d’un cc avec f′(c)=f(b)−f(a)b−af'(c) = \frac{f(b) - f(a)}{b - a}. On démontre d’ailleurs le second à partir du premier.

Que signifie géométriquement le théorème de Rolle ?

Si une courbe lisse part et arrive à la même hauteur, elle possède entre les deux au moins un point où sa tangente est horizontale, en haut d’une bosse ou au fond d’un creux.

Le théorème de Rolle sert-il à compter les racines d’une équation ?

Oui : entre deux racines de ff, la dérivée s’annule au moins une fois. Donc si f′f' ne s’annule jamais sur un intervalle, ff y a au plus une racine. C’était l’usage de Rolle pour les polynômes.