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Nombres · 4 affiches · formule n° 4

L’identité d’Euler

L’identité d’Euler affirme qu’élever le nombre e à la puissance iπ donne exactement −1. Elle réunit dans une seule égalité cinq nombres essentiels : 0, 1, e, i et π.

Voir les 4 affiches 2 contrôles par le calcul

ee, ii, π\pi, 11 et 00 réunis dans une seule égalité. Dessin : le point eiθe^{i\theta} parcourt le cercle unité de 11 à −1-1 quand θ\theta va de 00 à π\pi.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit l’identité

eiπ+1=0e^{i\pi} + 1 = 0

Autrement dit, eiπ=−1e^{i\pi} = -1. Chacun des cinq nombres qui y figurent joue un rôle central en mathématiques :

  • 00, l’élément neutre de l’addition : x+0=xx + 0 = x.
  • 11, l’élément neutre de la multiplication : x×1=xx \times 1 = x.
  • ee, environ 2,718 281 828, la base de l’exponentielle et du logarithme népérien.
  • π\pi, environ 3,141 592 653, le rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre.
  • ii, l’unité imaginaire, un nombre tel que i2=−1i^2 = -1. Il n’est pas réel : on l’introduit pour construire les nombres complexes, de la forme x+iyx + iy avec xx et yy réels.

Reste à savoir ce que veut dire « ee puissance un nombre complexe ». On ne peut pas multiplier ee par lui-même « iπi\pi fois ». Pour un nombre complexe zz, on définit l’exponentielle par la somme infinie

ez=1+z+z22!+z33!+z44!+⋯e^z = 1 + z + \frac{z^2}{2!} + \frac{z^3}{3!} + \frac{z^4}{4!} + \cdots

où n!=1×2×⋯×nn! = 1 \times 2 \times \cdots \times n. Cette somme converge pour tout nombre complexe zz, et pour zz réel elle redonne l’exponentielle habituelle. L’identité d’Euler dit que cette somme vaut exactement −1-1 quand z=iπz = i\pi.

Un exemple

On peut voir la somme se rapprocher de −1-1 en calculant ses premiers termes avec z=iπz = i\pi. Les puissances de ii se répètent : i2=−1i^2 = -1, i3=−ii^3 = -i, i4=1i^4 = 1, puis le cycle recommence.

  1. Avec les trois premiers termes : 1+iπ+(iπ)22=1−π22+iπ1 + i\pi + \frac{(i\pi)^2}{2} = 1 - \frac{\pi^2}{2} + i\pi, soit environ −3,9348+3,1415i-3{,}9348 + 3{,}1415\,i. On est encore loin.
  2. En allant jusqu’au terme en z4z^4 : environ 0,1239−2,0261i0{,}1239 - 2{,}0261\,i.
  3. Jusqu’au terme en z6z^6 : environ −1,2113+0,5240i-1{,}2113 + 0{,}5240\,i.
  4. Jusqu’au terme en z10z^{10} : environ −1,0018+0,0069i-1{,}0018 + 0{,}0069\,i.
  5. Jusqu’au terme en z20z^{20} : environ −0,9999999999−0,0000000005i-0{,}999\,999\,999\,9 - 0{,}000\,000\,000\,5\,i.

La partie réelle s’approche de −1-1 et la partie imaginaire de 00 : la somme infinie vaut exactement −1-1, et l’on retrouve bien eiπ+1=0e^{i\pi} + 1 = 0.

Une autre approche part de la définition de ee par les intérêts composés : pour tout nombre complexe zz, (1+zn)n\left(1 + \frac{z}{n}\right)^n tend vers eze^z quand nn devient grand. Avec z=iπz = i\pi, chaque facteur 1+iπn1 + \frac{i\pi}{n} fait tourner d’un petit angle et agrandit très légèrement. Le calcul donne environ −1,5933+0,1560i-1{,}5933 + 0{,}1560\,i pour n=10n = 10, environ −1,0505+0,0010i-1{,}0505 + 0{,}0010\,i pour n=100n = 100, et environ −1,0000049-1{,}000\,004\,9 (partie imaginaire inférieure à 10−1010^{-10}) pour n=1000000n = 1\,000\,000. Les nn petites rotations finissent par former un demi-tour, et le résultat s’approche de −1-1.

Pourquoi c’est vrai

L’identité est le cas particulier θ=π\theta = \pi de la formule d’Euler, vraie pour tout réel θ\theta :

eiθ=cos⁡θ+isin⁡θe^{i\theta} = \cos\theta + i\,\sin\theta

Comme cos⁡π=−1\cos\pi = -1 et sin⁡π=0\sin\pi = 0, on obtient eiπ=−1+i×0=−1e^{i\pi} = -1 + i \times 0 = -1, puis eiπ+1=0e^{i\pi} + 1 = 0.

La formule d’Euler elle-même se démontre en remplaçant zz par iθi\theta dans la somme qui définit l’exponentielle. Les termes de rang pair sont réels et forment la somme qui définit cos⁡θ\cos\theta ; les termes de rang impair contiennent ii et forment ii fois la somme qui définit sin⁡θ\sin\theta. La démonstration est détaillée sur la page de la formule d’Euler.

Il existe aussi une lecture géométrique. Dans le plan des nombres complexes, eiθe^{i\theta} est le point du cercle de rayon 1 situé à l’angle θ\theta, mesuré en radians depuis le point 11. Multiplier un nombre par eiθe^{i\theta} revient à le faire tourner de l’angle θ\theta autour de 00. Un angle de π\pi radians, c’est un demi-tour : partant de 11, on arrive à −1-1. Un tour complet donne e2iπ=1e^{2i\pi} = 1.

On peut aussi s’en faire une idée par le mouvement, à titre d’intuition et non de preuve. Imaginons un point qui se trouve, à l’instant tt, en eite^{it}. Sa vitesse est la dérivée ieiti\,e^{it} : multiplier par ii fait tourner d’un quart de tour, donc la vitesse est toujours perpendiculaire à la position, et sa longueur vaut 1. Un point dont la vitesse est toujours perpendiculaire au rayon tourne en rond, ici sur le cercle de rayon 1 à la vitesse 1. Au bout d’un temps π\pi, il a parcouru une longueur π\pi, soit un demi-cercle : il est en −1-1.

Une conséquence surprenante : iπi\pi n’est pas le seul nombre dont l’exponentielle vaut −1-1. Trois demi-tours, ou un demi-tour dans l’autre sens, mènent aussi à −1-1 : e3iπ=e−iπ=−1e^{3i\pi} = e^{-i\pi} = -1, et plus généralement eiπ+2ikπ=−1e^{i\pi + 2ik\pi} = -1 pour tout entier kk. C’est pourquoi, chez les nombres complexes, le logarithme de −1-1 n’a pas une valeur unique : il faut choisir une détermination, la plus courante étant iπi\pi.

Un peu d’histoire

Leonhard Euler publie la formule eiθ=cos⁡θ+isin⁡θe^{i\theta} = \cos\theta + i\,\sin\theta en 1748, dans son Introductio in analysin infinitorum. L’identité en découle immédiatement, mais rien n’indique qu’Euler l’ait écrite lui-même sous la forme eiπ+1=0e^{i\pi} + 1 = 0. Selon l’historien des mathématiques Robin Wilson, Johann Bernoulli et Roger Cotes auraient pu la déduire de leurs propres travaux sans l’avoir fait, et l’on ignore qui l’a énoncée explicitement le premier.

Elle est souvent citée comme l’une des plus belles formules des mathématiques. En 1988, la revue The Mathematical Intelligencer a demandé à ses lecteurs de noter la beauté de 24 théorèmes ; dans les résultats publiés par David Wells en 1990, l’identité d’Euler arrive en tête. En 2004, un sondage des lecteurs du magazine Physics World l’a placée à égalité avec les équations de Maxwell comme « plus grande équation ».

Ce que montre l’affiche

Le dessin représente le cercle de rayon 1 du plan complexe, avec ses deux axes et une graduation tous les 5 degrés. Le point eiθe^{i\theta} part de 11, marqué d’un rond vide, et parcourt le demi-cercle supérieur, tracé en gras, jusqu’à −1-1, marqué d’un rond plein, pendant que θ\theta va de 00 à π\pi. Des rayons tous les π/12\pi/12 et un petit arc marqué π\pi matérialisent l’angle parcouru. Le dessin est calculé par des programmes écrits pour l’atelier, à partir de la formule elle-même, et existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • e^(iπ) + 1 = 0 (exponentielle de la bibliothèque)|e^(iπ) + 1| = 1.22e-16
  • e^(iπ) + 1 = 0 (série Σ (iπ)ⁿ/n!, 60 termes)|reste| = 3.23e-16

Sources

Questions fréquentes

Pourquoi e puissance iπ est-il égal à −1 ?

D’après la formule d’Euler, e^(iθ) = cos θ + i sin θ pour tout réel θ. Avec θ = π, on a cos π = −1 et sin π = 0, donc e^(iπ) = −1. Géométriquement, e^(iπ) correspond à un demi-tour sur le cercle de rayon 1, qui mène de 1 à −1.

Que signifie élever un nombre à une puissance imaginaire ?

On ne peut pas l’entendre comme une multiplication répétée. L’exponentielle d’un nombre complexe est définie par une somme infinie, 1 + z + z²/2! + z³/3! + …, qui prolonge l’exponentielle des nombres réels.

Pourquoi dit-on que c’est la plus belle formule des mathématiques ?

Parce qu’elle relie en une égalité très courte cinq nombres fondamentaux venus de domaines différents. C’est une appréciation, pas un fait : elle est arrivée en tête d’un sondage des lecteurs du Mathematical Intelligencer publié en 1990.

Euler a-t-il écrit lui-même e^(iπ) + 1 = 0 ?

Ce n’est pas établi. Euler a publié en 1748 la formule dont l’identité découle, mais on ne connaît pas de texte où il l’écrit sous cette forme, et l’on ignore qui l’a énoncée explicitement le premier.

Quelle est la différence entre l’identité d’Euler et la formule d’Euler ?

La formule d’Euler, e^(iθ) = cos θ + i sin θ, est vraie pour tout réel θ. L’identité d’Euler en est le cas particulier θ = π, réécrit sous la forme e^(iπ) + 1 = 0.