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Analyse · 4 affiches · formule n° 16

La série de Fourier

Une série de Fourier écrit une fonction périodique comme une somme de sinusoïdes. Même un signal carré, fait de sauts brusques, se reconstruit avec des sinus de fréquences 1, 3, 5, 7…

Voir les 4 affiches 4 contrôles par le calcul

Ici ff est l’onde carrée qui vaut 11 entre 00 et π\pi, −1-1 entre π\pi et 2π2\pi (égalité vraie hors des sauts). Dessin : les sommes de 1 à 14 termes se rapprochent de l’onde carrée.

Quatre styles

Les affiches

La même formule, le même dessin calculé, en Papier, Nuit, Bauhaus ou Tableau noir. En affiche, toile, plexiglas ou aluminium.

Ce que dit la formule

Soit ff l’onde carrée (ou signal carré) : la fonction périodique de période 2π2\pi qui vaut 11 pour 0<x<π0 < x < \pi et −1-1 pour π<x<2π\pi < x < 2\pi. Pour tout réel xx qui n’est pas un multiple de π\pi :

f(x)=4π∑k=0∞sin⁡((2k+1)x)2k+1f(x) = \frac{4}{\pi} \sum_{k=0}^{\infty} \frac{\sin\big((2k+1)x\big)}{2k+1}
  • xx est la variable, par exemple un temps ou un angle.
  • ∑k=0∞\sum_{k=0}^{\infty} est une somme infinie : 4π(sin⁡x+sin⁡3x3+sin⁡5x5+⋯)\frac{4}{\pi}\left(\sin x + \frac{\sin 3x}{3} + \frac{\sin 5x}{5} + \cdots\right). Seules les fréquences impaires apparaissent.
  • 12k+1\frac{1}{2k+1} est l’amplitude de chaque sinusoïde : plus la fréquence est haute, plus elle est faible.
  • Aux sauts (x=0,π,2π…x = 0, \pi, 2\pi\ldots), chaque sinus est nul, donc la série vaut 00 : c’est la moyenne des valeurs 11 et −1-1 de part et d’autre du saut. L’égalité n’est donc affirmée qu’en dehors de ces points.

Le cas général. Pour une fonction ff de période 2π2\pi, intégrable sur une période, on définit ses coefficients de Fourier

an=1π∫02πf(x)cos⁡(nx)dx,bn=1π∫02πf(x)sin⁡(nx)dx,a_n = \frac{1}{\pi}\int_0^{2\pi} f(x)\cos(nx)\,\mathrm{d}x, \qquad b_n = \frac{1}{\pi}\int_0^{2\pi} f(x)\sin(nx)\,\mathrm{d}x,

et sa série de Fourier a02+∑n≥1(ancos⁡(nx)+bnsin⁡(nx))\frac{a_0}{2} + \sum_{n \geq 1} \big(a_n \cos(nx) + b_n \sin(nx)\big).

Cette série ne converge pas toujours vers ff. Le théorème de Dirichlet donne une condition suffisante : si ff est de classe C1C^1 par morceaux (sur chaque période, ff et sa dérivée sont continues sauf en un nombre fini de points, où elles ont des limites finies à gauche et à droite), alors en tout point xx la série converge vers f(x−)+f(x+)2\frac{f(x^-) + f(x^+)}{2}, moyenne des limites à gauche et à droite. Là où ff est continue, cette moyenne est simplement f(x)f(x). Sans hypothèse de ce genre, la convergence peut échouer : il existe des fonctions continues dont la série de Fourier diverge en certains points.

Un exemple

Prenons x=π2x = \frac{\pi}{2}, où l’onde carrée vaut 1. On a sin⁡((2k+1)π2)=1,−1,1,−1…\sin\big((2k+1)\frac{\pi}{2}\big) = 1, -1, 1, -1\ldots, et la formule devient

1=4π(1−13+15−17+⋯),1 = \frac{4}{\pi}\left(1 - \frac{1}{3} + \frac{1}{5} - \frac{1}{7} + \cdots\right),

c’est-à-dire la formule de Leibniz 1−13+15−⋯=π41 - \frac{1}{3} + \frac{1}{5} - \cdots = \frac{\pi}{4}.

Les sommes partielles oscillent autour de 1 en s’en rapprochant :

  • 1 terme : 4π\frac{4}{\pi}, environ 1,2732 ;
  • 2 termes : 4π×23\frac{4}{\pi} \times \frac{2}{3}, environ 0,8488 ;
  • 3 termes : 4π×1315\frac{4}{\pi} \times \frac{13}{15}, environ 1,1034 ;
  • 10 termes : environ 0,9682 ;
  • 1 000 termes : environ 0,99968.

Un deuxième calcul, par l’énergie. L’égalité de Parseval dit que, pour une fonction de carré intégrable, 1π∫02πf(x)2dx=a022+∑n≥1(an2+bn2)\frac{1}{\pi}\int_0^{2\pi} f(x)^2\,\mathrm{d}x = \frac{a_0^2}{2} + \sum_{n \geq 1}\left(a_n^2 + b_n^2\right). Pour l’onde carrée, f(x)2=1f(x)^2 = 1, donc le membre de gauche vaut 2ππ=2\frac{2\pi}{\pi} = 2. À droite, il ne reste que les bn2=16π2n2b_n^2 = \frac{16}{\pi^2 n^2} pour nn impair. On obtient

1+132+152+172+⋯=π28,1 + \frac{1}{3^2} + \frac{1}{5^2} + \frac{1}{7^2} + \cdots = \frac{\pi^2}{8},

soit environ 1,233700, ce que confirme une somme de dix millions de termes. On en déduit la célèbre somme du problème de Bâle, ∑1n2=π26\sum \frac{1}{n^2} = \frac{\pi^2}{6}, car les termes impairs en représentent les trois quarts.

Pourquoi c’est vrai

Les coefficients. Les formules de ana_n et bnb_n viennent de l’orthogonalité des sinus et cosinus : sur une période, ∫02πsin⁡(mx)sin⁡(nx)dx\int_0^{2\pi} \sin(mx)\sin(nx)\,\mathrm{d}x vaut π\pi si m=n≥1m = n \geq 1 et 00 sinon, et l’intégrale d’un produit sinus-cosinus est toujours nulle. Multiplier la série par sin⁡(nx)\sin(nx) puis intégrer isole donc le seul coefficient bnb_n.

Pour l’onde carrée, la fonction est impaire, donc tous les ana_n sont nuls. Pour bnb_n :

bn=1π(∫0πsin⁡(nx)dx−∫π2πsin⁡(nx)dx)=1π(1−(−1)nn+1−(−1)nn)=2(1−(−1)n)nπ.b_n = \frac{1}{\pi}\left(\int_0^{\pi} \sin(nx)\,\mathrm{d}x - \int_{\pi}^{2\pi} \sin(nx)\,\mathrm{d}x\right) = \frac{1}{\pi}\left(\frac{1 - (-1)^n}{n} + \frac{1 - (-1)^n}{n}\right) = \frac{2\big(1 - (-1)^n\big)}{n\pi}.

Si nn est pair, bn=0b_n = 0 ; si nn est impair, bn=4nπb_n = \frac{4}{n\pi}. En posant n=2k+1n = 2k + 1, on retrouve exactement la formule.

La convergence. L’onde carrée est constante sur chaque morceau, donc de classe C1C^1 par morceaux : le théorème de Dirichlet s’applique. La série converge vers f(x)f(x) hors des sauts et vers 00 aux sauts. La démonstration de ce théorème dépasse le cadre de cette page ; elle repose sur une expression explicite des sommes partielles (le noyau de Dirichlet).

Le phénomène de Gibbs. Près d’un saut, les sommes partielles dépassent la valeur 1. Avec NN termes, le pic est situé en x=π2Nx = \frac{\pi}{2N} ; il vaut environ 1,1823 pour 5 termes, 1,1794 pour 14 termes, et tend vers environ 1,17898 quand NN grandit. Le dépassement, environ 0,1789 pour un saut de hauteur 2, représente environ 8,9 % du saut (on arrondit souvent à 9 %), et il ne disparaît pas : le pic se rapproche du saut sans s’aplatir. La convergence a bien lieu en chaque point, mais elle n’est pas uniforme près des discontinuités.

Un peu d’histoire

Des sommes de sinus apparaissent dès les années 1750 dans les débats entre d’Alembert, Euler et Daniel Bernoulli sur les vibrations d’une corde. Joseph Fourier, étudiant la propagation de la chaleur, affirme qu’une fonction très générale peut s’écrire ainsi. Il présente un premier mémoire en 1807, complété en 1811, puis publie en 1822 la Théorie analytique de la chaleur. Ses raisonnements sont alors jugés insuffisamment rigoureux.

Le premier théorème de convergence correct est dû à Peter Gustav Lejeune Dirichlet, en 1829. Le dépassement près des sauts est décrit par Henry Wilbraham dès 1848, sans grand écho. Il réapparaît à la fin du XIXe siècle sur les courbes de la machine à sommer les séries d’Albert Michelson ; Josiah Willard Gibbs en donne l’explication mathématique, et Maxime Bôcher lui donne le nom de phénomène de Gibbs en 1906.

Ce que montre l’affiche

L’affiche superpose, sur deux périodes (xx de 0 à 4π4\pi), les sommes partielles de 1 à 14 termes de la série, calculées point par point par un programme écrit pour l’atelier. La première, une simple sinusoïde, est la plus claire ; chaque nouveau terme ajoute une ondulation plus fine, et les courbes se rapprochent des paliers 11 et −1-1 de l’onde carrée. La somme de 14 termes, en trait plus épais, montre près de chaque saut les petites oscillations du phénomène de Gibbs. L’affiche existe en quatre styles : Papier, Nuit, Bauhaus et Tableau noir.

Pour aller plus loin

Vérifiée par le calcul

Les contrôles de cette formule

Avant d'imprimer l'affiche, un programme met la formule à l'épreuve. Voici ce qu'il a calculé (dernier passage le 11 octobre 2026) ; si un seul de ces contrôles échouait, l'affiche ne serait pas produite. Notre méthode

  • coefficients calculés : b₁ = 4/π, b₂ = 0, b₃ = 4/(3π), b₄ = 0, b₅ = 4/(5π)1.2732395 ; 0.0000000 ; 0.4244132 ; -0.0000000 ; 0.2546479
  • somme de 200 000 termes en x = 1 vaut 1obtenu 0.999998127923394, attendu 1, écart 1.87e-6 (tolérance 0.00001)
  • somme de 200 000 termes en x = 4 vaut −1obtenu -0.999998231881746, attendu -1, écart 1.77e-6 (tolérance 0.00001)
  • dépassement de Gibbs ≈ 1,17898 (sommes de 2 000 termes)obtenu 1.178979765305498, attendu 1.1789797444721672, écart 1.77e-8 (tolérance 0.001)

Sources

À lire aussi

Questions fréquentes

À quoi sert une série de Fourier ?

Elle décompose un phénomène périodique en fréquences simples. On l’utilise en acoustique, en électronique, en traitement du signal et pour résoudre des équations comme celle de la chaleur.

Comment calcule-t-on les coefficients de Fourier ?

Pour une fonction de période 2π, on intègre f(x)cos(nx) et f(x)sin(nx) sur une période, puis on divise par π. Pour l’onde carrée, on obtient bₙ = 4/(nπ) quand n est impair, et 0 sinon.

Une série de Fourier converge-t-elle toujours ?

Non. Le théorème de Dirichlet garantit la convergence pour une fonction de classe C¹ par morceaux, vers la moyenne des limites à gauche et à droite ; il existe en revanche des fonctions continues dont la série diverge en certains points.

Qu’est-ce que le phénomène de Gibbs ?

C’est le dépassement que présentent les sommes partielles près d’un saut : environ 8,9 % de la hauteur du saut, souvent arrondi à 9 %. Il ne diminue pas quand on ajoute des termes ; il se resserre seulement autour du saut.

Pourquoi le signal carré ne contient-il que des fréquences impaires ?

Parce que ses coefficients bₙ = 2(1 − (−1)ⁿ)/(nπ) s’annulent pour n pair. Cela tient à sa symétrie : il est impair et reprend la même forme, inversée, au bout d’une demi-période.